Nancy 1909 PhotoJT

 « Est-il bien raisonnable de s’intéresser à l’Exposition de 1909 ?

 Se plonger dans le déroulement d’une manifestation, fût-elle grandiose, organisée il y a un peu plus d’un siècle pourrait paraître inopportun au regard d’une actualité internationale riche de drames et de bouleversements divers. Quelques esprits chagrins m’objecteront en effet que le train actuel du monde oblige à se détourner de pareilles futilités d’un autre temps, à l’heure où se multiplient des événements aussi dramatiques que médiatisés : cataclysmes naturels, soulèvements parait-il libérateurs (qu’il me soit permis d’en douter…) le long de l’arc Sud de la Méditerranée, chiffon rouge d’un inquiétant « Triple A » ayant fait irruption sur la scène européenne… Et pourtant ! Mon intention n’est pas de laisser le lecteur se complaire dans un retour en arrière anesthésiant ou paré de toutes les vertus, loin s’en faut. Regarder dans le rétroviseur ne dispense pas pour autant d’aller de l’avant, au contraire !

 L’Exposition Internationale de l’Est de la France fut à la fois un acte politique, une démonstration de force économique et une vitrine culturelle, didactique et pédagogique.

 Replaçons la manifestation dans le contexte de l’époque : amputée d’une partie de son territoire depuis la Guerre de 1870, la France cherche à repositionner une ville de l’Est comme fer de lance d’un dynamisme patriotique ragaillardi, à quelques encablures à peine de l’envahissant voisin germanique. Nancy, ville de Stanislas et de l’Art Nouveau, fera l’affaire.

D’un point de vue économique, le passage d’une société agricole traditionnelle puis manufacturière à une nécessaire glorification de la puissance industrielle naissante annonçait un monde nouveau où l’Est de la France aurait toute sa place. L’Exposition de 1909 y contribuera grandement en devenant en quelque sorte l’instrument de cette médiatisation à tout crin. Elle aura clairement pour objectif de montrer les progrès, les richesses et les spécialités de chacune des Provinces représentées.

De son ouverture le 1er mai, sous la pluie et la grêle, à sa fermeture définitive le 02 novembre 1909 (en passant par son inauguration officielle le 20 juin par Louis Barthou, alors Ministre des Travaux Publics, des Postes et des Télégraphes, tout un symbole), l’Exposition aura drainé 2 140 000 visiteurs au travers de ses nombreuses allées, offrant aux curieux les trésors savamment présentés de ses 2193 exposants.

On retrouve là l’autre préoccupation majeure de son Directeur, Louis Laffitte, par ailleurs Secrétaire générale de la Chambre de Commerce : expliquer sans relâche le fonctionnement de ces machines nouvelles qui incarnent un Progrès triomphant et dévoiler sous les yeux ébahis des promeneurs de la Belle Epoque la réalisation concrète d’un produit ou d’une activité. Montrer, présenter, informer, communiquer. En un mot, vulgariser des savoirs pour faire prendre conscience aux habitants de l’Est de la France qu’ils sont la première richesse de leur contrée et réveiller chez eux un sentiment de fierté mis à mal par la perte douloureuse de l’Alsace-Moselle.

Six Palais, dont vous pouvez voir quelques clichés sur ce blog, se sont partagés les centaines de travées où des milliers d’exposants sont venus présenter leur savoir-faire :

-         le Palais de la Métallurgie (mines de fer, métallurgie, mines de sel, salines, houillères…)

-         le Palais de l’Electricité, à la gloire de cette fée électrique qui bouleversait le quotidien

-         le Palais des textiles (industrie du coton, de la laine, broderie, vêtements, chapellerie, industrie de la chaussure,…)

-         le Palais des Arts Libéraux (chimie, pharmacie, médecine, imprimerie, photographie, instruments de musique, verrerie, universités et écoles,…)

-         le Palais de l’Alimentation (minoterie, brasserie, eaux minérales, biscuiterie, conserves alimentaires, épicerie,…)

-         le Palais des Transports (navigation fluviale, transports par voie ferrée, transports par route,…)

La Ferme Lorraine, le Pavillon Colonial ou la Village Alsacien eurent aussi pour mission de montrer, de démontrer et de convaincre.

L’Exposition toute entière est tournée vers cette formidable espérance en des lendemains meilleurs. L’élan sera cependant brisé net par l’épouvantable Guerre de 1914.

 Je ne terminerai pourtant pas ces quelques lignes par cet horizon lugubre. Retournons dans l’euphorie des attractions, glissons-nous dans les multiples festivités qui émaillèrent les six mois de son existence, Fêtes Alsaciennes, Grande Semaine Anglaise, Fêtes cyclistes, Fête des fleurs, Fête de la vigne et du houblon, Cortège Historique, et laissons-nous emporter par l’enthousiasme intact de toute une époque…

 L’Exposition de 1909 mérite qu’on la redécouvre, qu’on s’y attarde tant elle fut novatrice et qu’on s’enrichisse lentement des ses enseignements innombrables.

L’oubli relatif dans lequel elle est tombée est injuste et l’actualité la plus récente, loin de la condamner aux oubliettes de l’Histoire, vient au contraire raviver le souvenir de son ambition originelle que j’ai rappelée en préambule : acte politique, démonstration de force économique, vitrine culturelle et pédagogique. Un triptyque indépassable valable aussi bien pour hier que pour demain.

 La ressusciter était mon souhait, j’espère y être parvenu au travers de la destinée romanesque du Boiteux du parc Sainte-Marie… »

 

(Texte publié sur le blog le 19 décembre 2011)

*-*-*

 La structure du roman -une alternance d’allers et retours entre hier et aujourd’hui- ne doit pas surprendre le lecteur. Je l’ai voulue d’une part pour briser la linéarité du récit et introduire ainsi un rythme différent dans la narration, et d’autre part pour montrer comment s’imbriquent en permanence les deux époques par delà leurs dissemblances et comment, d’une certaine manière, elles se correspondent, se répondent et se complètent.

A une nuance près toutefois : l’espoir en des lendemains meilleurs, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ou de l’écrire. Paul Valéry disait « Nous entrons dans l’avenir à reculons » : une observation certainement plus vraie encore à l’époque actuelle où la société d’aujourd’hui, désenchantée et livrée à elle-même sans les contreforts naturels que sont la nation, la religion, le progrès ou les grandes utopies politiques, se méfie de l’avenir plutôt que d’avoir confiance en la capacité de l’Homme à tendre vers le meilleur. La violence de ces derniers jours et la morosité économique ambiante n’arrangent rien à l’affaire, c’est évident…

Mais revenons-en au roman. Si j’avais à le faire, je ne définirais pas Le boiteux du parc Sainte-Marie par ce qu’il est mais par ce qu’il n’est pas : ni à proprement parler un roman d’amour, ni un roman policier, ni un roman historique. Un peu tout cela à la fois. C’est ce qui fait sa singularité. Sans oublier le caractère exceptionnel de la Grande Exposition Internationale de 1909…

Donc, si le cœur vous en dit…

Bonne lecture !

Dardenne1909 PhotoJT

Le boiteux du parc Sainte-Marie