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« — Richard, avez-vous entendu parler de Joseph Fortuné Petiot-Groffier ? reprit Jacques Girafe, brisant alors le silence que l’intervention de l’hôtelier avait suscité.

— Non, pas que je sache…

— Vous allez voir où je veux en venir. Joseph Fortuné Petiot-Groffier était un notable établi à Châtenoy-le-Royal, un village proche de Chalon-sur-Saône, ville dont il a été maire au début des années 1830. Avocat de formation, entrepreneur et surtout esprit curieux, il s’intéresse très tôt à la chimie et aux progrès de la science. Il se passionne vite pour une pratique naissante à laquelle il consacre le plus clair de ses loisirs : la photographie. Il dépouille les gazettes et les revues scientifiques, achète tous les livres qui traitent du sujet et se lance dans le plus périlleux des défis de son temps : fixer l’image ! Quinze ans plus tard, en 1855, il meurt, rongé par les produits chimiques qu’il a manipulés. Vous devez vous demander pourquoi je vous parle de cet homme dont vous n’avez probablement jamais entendu prononcer le nom et qui n’est ressorti que récemment de l’oubli dans lequel la mort l’avait plongé ? Eh bien figurez-vous qu’en 2007, un homme hérite d’une demeure familiale à Châtenoy-le-Royal. Peu de temps après, il invite le directeur de la Maison Nicéphore Niepce à Saint-Loup-de-Varennes, en Saône-et-Loire, à le rejoindre sur place. Et là, c’est le choc ! En poussant la vieille porte de bois d’une pièce du deuxième étage, il découvre le plus vieux laboratoire photographique demeuré absolument intact depuis la mort de son propriétaire il y a plus de cent cinquante ans ! Rendez-vous compte : un endroit totalement oublié depuis plus d’un siècle ! Devant ses yeux ébahis, sous une épaisse couche de poussière et d’innombrables toiles d’araignées, il aperçoit près de cinq cents ouvrages rangés sur des étagères, à côté de centaines de flacons de toutes formes aux noms aussi évocateurs que mystérieux : acide gallique, azotate d’argent, iodure de potassium…

Sans compter la malle complète d’un laboratoire de voyage, des trépieds, des objectifs, des chambres photographiques, des plaques vierges, des accessoires de prise de vue, tout le nécessaire pour réaliser des daguerréotypes, du collodion, des chambres noires et bien d’autres trésors encore, enfermés là depuis 1855 sans que jamais personne n’y ait pénétré ! Imaginez la surprise de ceux qui ont eu l’extraordinaire opportunité de mettre la main sur cet ensemble exceptionnel ! Le seul dans cet état de conservation ! Un peu comme si le propriétaire d’origine venait de quitter la pièce quelques instants plus tôt ! Eh bien, Richard, auriez-vous parié un seul euro sur la probabilité d’une telle découverte4 ? Auriez-vous pensé qu’il était possible que la pièce du deuxième étage d’une maison habitée demeure close pendant plus d’un siècle et demi et que du jour au lendemain de tels trésors refissent leur apparition aux yeux du monde ? Bien sûr que non ! Alors, admettez qu’il pourrait peut-être en aller de même pour les secrets de l’abbé Saunière ! »

 

L’ensemble est visible à la Maison Nicéphore Niépce, 2 rue Nicéphore Niépce - 71 240 Saint-Loup-de-Varennes - et peut-être retrouvé dans Le Coeur de écorchés, éditions Gérard Louis

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