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Dans En lisant Fantômas, Dominique Kalifa rappelle à la fin de l’ouvrage la particularité des romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain qui consiste en une surabondance de ponctuation du type « ! » et « … », voyant au travers de cet usage présumé condamnable la signature caractéristique de la littérature populaire, dite de gare ou en fascicules, assez éloignée des récits de bonne tenue auxquels nous sommes davantage habitués. Et pourtant, sans dénier le rôle de marqueur social des points de suspension, je ne peux m’empêcher de nourrir à leur égard une certaine sympathie. Peut-être même aurais-je tendance à en abuser, ce à quoi les éditeurs tentent de remédier en les supprimant purement et simplement des  textes en gestation. Mais en effaçant ce qui pourrait apparaître comme une maitrise pour le moins incertaine de la langue française, ils ôtent une signification que l’auteur avait voulu donner à son récit. Le « . » ferme des portes, érige des murs, enferme, protège, limite la pensée et l’imaginaire. Les « … », quant à eux, ouvrent la phrase, laissent deviner une portée, dévoilent du caché sans le montrer pour autant, en un mot attrapent le lecteur par la main et le tirent d’un coup à eux, le plongeant encore plus dans le texte et l’associant à son cours.

Utiliser les points de suspension, c’est laisser au lecteur une part de créativité, c’est l’entraîner avec l’auteur dans l’abîme de la création.  C’est la volonté claire et assumée de ne pas tout livrer à l’œil qui parcourra les pages, c’est laisser le lecteur maître d’une partie du récit, du moins dans une de ses dimensions, pour lui donner la possibilité de pétrir à sa guise les petites boules d’argile que l’auteur a semé çà et là à sa seule intention…

Vous l’aurez compris, je fais partie de ces défenseurs d’une ponctuation mal-aimée qui, utilisée sans excès, révèle au regard les nouveaux reflets d’un cristal qu’on croyait pourtant avoir circonscrit par la grammaire, le verbe et le mot. Un point c’est tout !