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Chapitre 23 Retour à Couiza

Dès le lendemain matin, la sonnerie du téléphone fit sursauter Sigismond Tournebouix qui s’était assoupi quelques instants. Sa nuit avait été mauvaise. Il s’attendait pourtant à cet appel et dut confirmer à Richard Louvrier la mort dans l’âme que sa femme n’était toujours pas rentrée. Il demanda à parler à Maximilien Lamort-Lecrabe ou à Jacques Girafe. Seul le premier était encore dans la salle du petit déjeuner. Il répondit sans rechigner à la sollicitation de l’hôtelier. Richard l’informa de la disparition brutale de Victoire et l’interrogea longuement pour savoir s’il avait vu quelque chose ou s’il avait croisé son épouse à un moment ou à un autre ces derniers jours. Très surpris par cette nouvelle, Maximilien Lamort-Lecrabe tenta de le rassurer. Il suggéra qu’elle était peut-être partie le rejoindre mais en apprenant qu’elle avait laissé sur place tous ses effets personnels, il se ravisa.

— Jacques et moi ferons tout pour vous aider, Richard, soyez-en certain ! Il y a forcément une explication et nous allons vite retrouver votre femme !

— Je ne peux rien faire à cette distance, je reviens ! Dites à monsieur Tournebouix que je serai là dans la soirée…

À son arrivée, Sigismond Tournebouix vint l’accueillir avec effusion. Comme il l’aurait fait pour un vieil ami dont il aurait été séparé depuis longtemps. Il le conduisit à sa chambre et le laissa s’installer tranquillement, en lui précisant cependant que rien n’avait été touché ni déplacé.

Richard inspecta longuement l’endroit, avec une méticulosité que n’auraient pas reniée les Experts de tout poil qui font le bonheur de l’audimat des chaînes télévisées françaises depuis quelques années. Après avoir fait l’inventaire de toute la pièce, il s’aperçut que le sac à main de Victoire avait disparu. Ce détail le troubla. Un autre élément fit basculer sa conviction en faveur de l’anormalité de la situation : il retrouva sous le lit Lapinos, le porte-clé Déglingosqui était toujours accroché à l’anse du sac. Une sorte de porte-bonheur en forme de petit lapin qui ne la quittait jamais. Pour qu’il soit arraché et pour qu’elle n’ait pas pris la peine de le ramasser, c’est qu’il y avait eu forcément violence et précipitation ! Elle ne serait jamais partie sans Lapinos. Sans Richard, peut-être, mais pas sans Lapinos

Pour lui, les choses étaient claires désormais : Victoire avait disparu dans des circonstances inquiétantes !

Il redescendit prestement au rez-de-chaussée pour faire part de sa découverte à l’hôtelier. La première préoccupation de Richard était de savoir si un élément susceptible de l’aiguiller lui revenait en mémoire. Sigismond se souvint alors qu’un de ses employés lui avait signalé la venue d’une jeune femme en fauteuil roulant : elle s’était présentée à deux reprises dans la journée pour savoir si Victoire était de retour.

— C’est elle, c’est Sixtine ! C’est évident ! Que lui voulait-elle ?

— D’après ce que j’ai compris, elles devaient partir ensemble en randonnée. Donà Victoire m’avait d’ailleurs demandé la veille au soir de la réveiller tôt le lendemain. Ce que j’ai fait, bien entendu. Mais comme je ne la voyais pas descendre, je me suis permis d’aller toquer à sa porte et comme je n’obtenais aucune réponse, je suis entré : la chambre était vide et le lit n’était pas défait. J’en ai déduit tout simplement qu’elle avait changé d’avis !

— Comment voulez-vous qu’une jeune femme en fauteuil roulant puisse faire une randonnée !

— Je ne vois pas pourquoi elle en serait empêchée sénher Louvrier…

— Oui, vous avez raison, je m’égare… Mais sans cette fille, rien ne serait arrivé ! J’en suis sûr ! Il faut que je la voie ! C’est important !

L’hôtelier s’absenta un moment puis revint accompagné de l’employé qui avait rencontré Sixtine. Bien leur en pris car l’homme révéla alors que la jeune femme lui avait laissé un numéro de téléphone pour la joindre dès que Victoire aurait réapparu. Il précisa aussi qu’elle avait l’air très affectée par cette situation : elle ne comprenait pas qu’elle ait pu partir ainsi sans la prévenir.

— Vous voilà sauvé ! fit Sigismond. On la tient la bougresse !

— Heu… sauf que j’ai mis le numéro dans la poche de ma veste et que j’en ai changé ce matin…

Que couiounado ! Elle n’est pas au pressing au moins, bougre d’andouille ? s’écria l’hôtelier.

— Heureusement que non mais je ne pourrai la rechercher qu’après mon service, fit l’homme, se gardant d’avouer qu’il n’avait pas été insensible au numéro de charme que lui avait fait Sixtine et qu’il comptait bien la rappeler le moment venu…

— Apportez-le moi sans faute… soupira Richard. J’ai vraiment besoin de la contacter, elle est mon seul espoir pour l’instant !

à suivre...