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La Pastorale des santons de mon village : Barbosa

«  Voleur de poule, voleur de poule », tout de suite les grands mots ! Disons que j’ai peut-être emprunté ce volatile que la Providence a jeté dans mes filets, c’est tout…

Barbosa n’a pas son pareil pour justifier…l’injustifiable. C’est un brave homme pourtant, toujours prêt à rendre service. Mais il a un défaut, celui de délester son prochain. Pour se nourrir. Jamais plus. Juste le strict nécessaire. Mais un nécessaire qui, faute d’argent, passe par le vol du bien d’autrui. Oh, bien sûr, il pourrait se faire payer quand il aide à la récolte ou quand il répare une charpente mais c’est contraire à ses principes. Car l’homme a des principes ! Et d’abord celui de ne jamais rien demander en retour. Sauf que, l’argent faisant alors défaut, il n’a d’autre possibilité pour vivre que…d’emprunter ici une poule, là un lièvre. Généralement, c’est Monsieur le curé qui en fait les frais mais il le sait et ne s’en plaint jamais. D’ailleurs, personne dans le village n’en veut à Barbosa. La meilleure preuve, c’est qu’il s’y promène à sa guise sans encourir la moindre accusation. Dire qu’il garde la tête haute serait exagéré car il en a un peu honte quand même. Il sait bien, lui, que voler ces pauvres bêtes ne se fait pas. Il sait bien que là-haut, dans le Ciel, le Bon Dieu le voit et le jugera peut-être pour ça un jour. Alors, pour devancer ce tribunal ultime, il fait le bien autour de lui, dès qu’il le peut, mais toujours en s’efforçant de ne pas être vu. Comme pour voler. C’est tout le paradoxe de Barbosa : le Bien ou le Mal, mais en cachette. Des hommes, s’entend. Car aux yeux du Très-Haut, il n’est nulle dissimulation qui vaille. C’est Monsieur le curé qui lui a dit une fois et depuis il s’en souvient.  Il a même ajouté : « Une fourmi noire, sur une pierre noire, dans la nuit noire : Dieu la voit ». Depuis, Barbosa y songe en scrutant le ciel…

A suivre