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La Pastorale des santons de mon village : La jeunette et le berger

«  Y’a que les méchants qui y voient à mal ! » s’écrie-t-il souvent lorsqu’il sort du café du village chaque dimanche matin. Lui, c’est le berger du vieux mas, là-haut sur le petit mamelon qui forme colline à la sortie du chemin du Levant. Même que l’instituteur dit que cette « pr-ô-éminence » avec son accent d’ailleurs est peut-être une très ancienne tombe et qu’il faudra un jour y entamer des fouilles de reconnaissance. Mais le vieux berger, il ne veut pas entendre parler de ça. Ni de ça, ni du reste, d’ailleurs. Le reste, c’est Olive, sa femme. Quand on la voit, on croit que c’est sa fille. Au moins. Mais c’est sa femme… Alors, forcément, dans le village, ça dérange. Comme tout ce qu’on n’a pas l’habitude de voir ou qu’on ne comprend pas. Elle, si jeune, si pure et lui, sentant le mouton à des kilomètres à la ronde avec sa barbe hirsute et ses yeux noirs !

_ C’est-y pas une honte, une jeunette pareille et un vieux grigou comme lui !

C’est à force d’entendre ce genre de réflexions qu’il a décidé de couper court à toute conversation dès qu’il descend au village. Alors on l’accuse d’avoir un sale caractère et le contraste avec sa tendre épousée n’en est que plus criant…

Personne ne sait comment ils se sont rencontrés ni pourquoi elle s’est attachée à lui (il n’a ni biens ni terres) mais le fait est que Monsieur le curé les a bel et bien unis devant Dieu et que ce n’était pas pour réparer une faute… Il y en a même qui disent qu’elle est toujours aussi pure que le plus blanc de ses agneaux. Allez comprendre… Mais c’est justement qu’il n’y a rien à comprendre. C’est comme ça et pas autrement. Elle semble heureuse et lui, sous sa barbe épaisse, il laisse deviner un sourire quand il la voit. Un sourire de bienveillance, de respect et d’amour. Trois valeurs dont les bigotes du lavoir ne connaissent plus depuis longtemps la signification. La différence et l’étrangeté sont souvent dérangeantes mais elles ouvrent peut-être la porte sur des infinis insoupçonnés. Ce n’est qu’une question de distance. Les étoiles dans le ciel ressemblent à des petites épingles plantées sur un voile bien noir mais il n’y a en fait pas plus de voile que d’épingles dans l’azur. La réalité est toute autre. Il en va de même pour notre berger et sa jeune épouse. C’est une des leçons que nous livre la Pastorale des santons du Village : ne jamais juger sans savoir et regarder, comme disait le Petit Prince, non pas avec les yeux mais avec le cœur…

A suivre…