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La Pastorale des santons de mon village : le cimetière

Ne me demandez pas où se trouve le cimetière du Village, je n’en sais rien. Une vieille croix camarguaise en indique peut-être le chemin, là-bas, au-delà des dernières bâtisses vers la colline des Morts, mais rien n’est moins sûr. Car ici, dans le Village, on ne parle jamais de celles et ceux « qui ne sont plus ». On ne les oublie pas pour autant à mon avis, non, mais les regards se tournent davantage vers les vivants. Il n’y a donc peut-être que cette croix de fer forgé plantée sur un petit édicule de pierres qui en laisse deviner la direction, dans la poussière et les cyprès. Plus loin, très loin, quelque part.

La croix, associant à la fois l’ancre des pêcheurs, le cœur des Saintes Maries et les tridents des gardians, semble délimiter deux mondes, celui des êtres de chair et de sang et celui qui n’est plus rien d’autre qu’un brouillard de souvenirs. Les morts ne survivent que dans la mémoire des vivants. Il en va dans le Village comme partout ailleurs. Le Village est un monde de couleurs, de bruits et de mouvements ; le cimetière, s’il existe, doit n’être que silence, immobilité et cendres éparpillées à tous les vents. Rien à voir avec la caresse d’une peau soyeuse, le brillant mutin d’un œil indiscret, le galbe d’une anatomie généreuse ou encore le battement d’un cœur épris d’amour. Rien à voir avec une chevelure couleur de soleil, avec des muscles resplendissants en pleine lumière ou avec l’essoufflement d’un désir qui s’abandonne en plein après-midi. Les plis et replis y sont rois, les courbes y sont reines ; monarques d’un royaume de Vie qui tourne le dos sans hésiter à cet autre désert qu’est la Mort. Les pavés, ruelles et chemins du Village s’entremêlent donc jusqu’à ne plus faire qu’un sous l’azur, pelote noueuse d’un petit univers qui se protège comme il peut  du vide et du Temps.

Ne me demandez pas où se trouve le cimetière, je n’en sais rien mais, désormais, vous comprenez mieux pourquoi…

A suivre…