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Chapitre 35 La dernière chance (6/6)

En écoutant Jay et Diego lui décrire leur filature ratée, le Chef peinait à contenir sa colère.

— Vous avez identifié cette femme ?

— Non, répondit Diego avec une assurance maladroite. Mais ce n’est pas grave, on a le numéro de la plaque…

— Le numéro de la plaque ? répéta le Chef. Le numéro de la plaque ? Mais vous la prenez pour qui ? Une débile ? Il ne vous est pas venu une seule seconde à l’idée qu’il pouvait s’agir d’une voiture louée ou mieux, volée ? Des demeurés, je suis entouré de demeurés !

Les deux hommes regardaient le sol.

— Et comment va-t-on faire pour la retrouver maintenant ? Hein ? Je vais voir avec mon contact au commissariat mais je n’y crois guère… Foutez-moi le camp maintenant, je vous ai assez vus !

Richard était rentré à l’hôtel, le pas lent et le regard sombre. Sur le chemin de sa chambre, il vérifia toutes les deux minutes tantôt le journal d’appels de son téléphone, tantôt la batterie de celui-ci. Le silence persistant de ce parasite technologique qui avait envahi le monde entier en quelques années le renvoyait à sa propre condition d’être mortel et solitaire. La chambre lui parut soudain minuscule, la chaleur étouffante. Il fut pris d’un vertige. Il lui fallait de l’air. Sur un coup de tête, il décida de se rendre à la gendarmerie. Il espérait y trouver plus de compréhension qu’au commissariat.

— Monsieur Tournebouix, fit-il à l’hôtelier en descendant l’escalier, la gendarmerie ?

— À côté de l’impasse de la Condamine, un peu plus loin que la caserne des pompiers, avenue des Corbières…

— Merci, merci… répéta-t-il en quittant le hall.

Il n’eut aucune difficulté à trouver l’endroit. Il y fut accueilli par un homme en polo bleu ciel à manches courtes sérigraphié des lettres rassurantes “GENDARMERIE” qui le conduisit jusqu’à l’adjudant-chef Guillaume Siegfried. Affable et courtois, le militaire écouta attentivement ce que lui raconta Richard mais, à la grande déception de ce dernier, il relativisa rapidement ses alertes, un peu comme l’avait fait le lieutenant de police. La dérision et la moquerie en moins, le professionnalisme en plus.

— Je comprends votre désarroi, monsieur Louvrier, mais vous avez déjà complété le formulaire Cerfa de recherches dans l’intérêt des familles. Le mieux serait d’attendre un peu… Et puis je ne voudrais pas empiéter sur une enquête en cours…

— Une enquête ! Quelle enquête ? Ils ne font rien et ne feront rien pour la retrouver, j’en suis certain ! l’interrompit Richard. Ils ne me croient pas… soupira-t-il en ne lui cachant rien de l’appel des ravisseurs ni de l’enveloppe sur le comptoir du bar.

— C’est un vrai polar de TV, dites donc ! La remarque le blessa car il comprit que personne ne le prenait au sérieux, une fois de plus. L’adjudant-chef s’en aperçut et tenta aussitôt de le rassurer.

— Bon, écoutez monsieur Louvrier, votre récit est un peu étonnant mais vous me paraissez sincère. Nous irons jeter un œil dans ce café et nous interrogerons le patron. Simple enquête de routine…

Ces quelques mots lui firent le même effet qu’une trouée de ciel bleu pour un marin perdu en pleine tempête.

Il se mit à espérer à nouveau. Le gendarme lui précisa qu’il devrait appeler le standard à la moindre alarme et prit ses coordonnées au cas où ils auraient besoin de le joindre. Il quitta les lieux, passablement rassuré. Inquiet cependant de n’avoir aucune nouvelle des ravisseurs. En arrivant à l’hôtel, Jacques Girafe alla immédiatement à sa rencontre.

— Alors ?

Il lui raconta brièvement les derniers épisodes de la tragédie qu’il vivait et s’empressa de lui dire qu’il s’était rendu à la gendarmerie de Couiza. Jacques approuva la démarche tout en faisant remarquer néanmoins que la police étant déjà avisée de l’enlèvement, multiplier les intervenants pourrait entraver la résolution de l’affaire au lieu de la faciliter…

Richard acquiesça d’une oreille distraite et quitta l’antiquaire sans discuter davantage. Il devait absolument remonter dans sa chambre car il attendait un signe des criminels.

Tout en remettant de l’ordre dans un tourniquet de cartes postales à quelques mètres de là, Sigismond Tournebouix écoutait discrètement la conversation…

à suivre...