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La pastorale des santons de mon village : Le bon toutou

Longtemps il s’est demandé pourquoi on le traitait comme un chien. Et puis, un jour, il a compris. Il a compris qu’il était… un chien ! Au début, ça lui a fait quelque chose. Lui qui s’imaginait relever de la catégorie des êtres à part entière, la déception a été grande. Il n’était donc qu’un animal, une sorte d’être vivant de second ordre, le grand Pascal dirait une machine, un assemblage d’organes et de réactions chimiques qui, grâce à je-ne-sais quel miracle biologique, s’éveille un jour à la vie, participe aux affaires du monde, aussi restreint fût-il, et puis s’en va dans un dernier soupir …

On en serait marri à moins, convenez-en ! Qu’on dénie aux animaux de posséder une âme, c’est une chose, une chose entendue même, mais qu’on aille jusqu’à leur refuser l’idée d’avoir des états d’âme, il ne faut pas exagérer ! Seuls ceux qui n’ont jamais eu d’animal  auprès d’eux ou qui sont dénués de toute forme d’amour peuvent avoir de telles pensées ! Lui, il n’a jamais rien demandé, à part un minimum à chaque repas pour survivre et quelques caresses de temps en temps pour alléger le fardeau des jours. Alors, il se tient là, derrière le vieux muret de pierres sèches, en attendant le passage d’un habitant du Village ou d’ailleurs qui daignera porter les yeux sur lui, le regarder d’un air attendri et lui rendre de cette façon la preuve irréfutable d’appartenir à une même communauté, même sans échanger ni un mot ni un geste. Point n’est besoin parfois de dire ou de montrer pour laisser l’autre comprendre ce qu’on ressent. Il est vrai qu’en la matière, les animaux sont certainement beaucoup plus doués que nous… Qu’on fasse attention ou pas à son pelage chocolat et à ses prunelles aux reflets de noisette orangée, ce qui surprend au premier abord lorsqu’on croise ce toutou, c’est cette étonnante parcelle de quasi humanité qu’il semble posséder malgré sa condition subalterne. Certains y verront la conséquence d’une possible métempsychose, d’autres l’infinie bonté du Créateur qui a peut-être mis tout son talent ailleurs que dans les seuls descendants d’Adam ou d’Eve, contrairement à ce qu’on croit ou plus exactement à ce qu’on nous a toujours dit. Mais là n’est pas la question. Revenons-en plutôt à ce chien qui nous regarde d’un air si attendrissant qu’on ne peut imaginer une seule seconde qu’il y aurait des rangs différents au sein des espèces vivantes…

Il n’est pas le gardien de sa propriété au sens où il devrait en défendre l’accès de manière exclusive ; il est davantage l’égal d’un gardien de phare qui accueille et protège le voyageur, égaré ou non, en vertu d’une commune appartenance à la grande famille des êtres animés. Ce chien, c’est tout cela à la fois. Alors, quand vous le croiserez au détour d’un chemin, ne le fuyez-pas et surtout rendez-lui tout l’amour qu’il vous offre, sans rien demander en échange…

À suivre...