L'ange bleu PhotoJT

La Pastorale des santons de mon Village : L’ange bleu

Lorsqu’on le voit, on comprend tout de suite à qui on a affaire. À un ange.

Lui, c’est l’ange bleu. Rien à voir évidemment avec le film de 1930 de Von Sternberg où la beauté provocante de Marlène Dietrich contribue à faire basculer un pauvre vieux professeur perclus de principes dans la fosse de la déchéance, non. Lui, c’est un ange, un vrai.  Un de ces anges avec un visage doux et radieux, toujours bien coiffé et pourvu de deux épaisses ailes de plumes blanches dans le dos. Limite inconfortable, quand on y pense. Nous ne nous poserons pas ici la question de savoir d’où viennent les anges, comment ils sont recrutés (passent-ils des entretiens ? leur fait-on faire des simulations d’interventions pour mesurer leurs aptitudes ? ont-ils une fiche de poste ? travaillent-ils à temps plein ?...) ou à quelle catégorie genrée faudrait-il les rattacher pour trancher -si je puis dire- définitivement la sempiternelle question de leur sexe ? Lui-même n’en sait rien peut-être, pas plus qu’il ne sait pourquoi certains collègues à lui ont fini par être déchus de leur titre, vraisemblablement entraînés par la séduction illusoire d’un Diable au meilleur de sa forme un jour qui n’était pas fait comme un autre.

Certains anges se caractérisent par leur position, ceux des catégories hiérarchiques supérieures en tout cas, du type archange par exemple ; d’autres sont identifiés par des classifications spécifiques (séraphins, chérubins,…) mais pour tous les autres, c’est plus compliqué. Pour la plupart d’entre eux, la seule façon à peu près certaine de les repérer consiste à les décrire par la couleur de leur robe. Le notre n’échappe pas à cette règle. C’est la raison pour laquelle on l’appelle l’ange bleu. Si son vêtement avait été blanc, on l’aurait appelé l’ange blanc, jaune, l’ange jaune…Je ne poursuis pas, vous avez compris.

Il n’y a pas de crèche sans participation angélique et donc pas de Pastorale des santons sans cette présence rassurante et débonnaire. Il est là, le regard doux et réconfortant, à genoux auprès de celles et ceux qui s’affairent autour de ce petit d’homme qui vient de naître dans l’étable et qui s’agite au creux d’un berceau de bois et de paille. Petit d’homme, petit d’homme, c’est vite dit. Car si l’ange est là, ce n’est pas pour rien. C’est pour rassurer son Père, le Très-Haut, qui dépêche ainsi ses missi dominici comme le faisait jadis Charlemagne pour s’assurer que tout se passe comme Il l’a prévu. Alors, il observe, il guette, il surveille. Prêt à intervenir si besoin, à balayer d’un coup d’aile le méchant qui s’approcherait d’un peu trop près ou à guider au mieux ceux qui se seraient perdus et qui auraient parcouru les chemins pour venir jusqu’à Lui. Il est tout à sa tâche, trop conscient que la moindre erreur lui serait fatale. Dire qu’il n’aime pas toujours ces missions délicates serait exagéré car du moment qu’il est sollicité, c’est que la droiture et la Justice l’exigent. Mais il faut avouer aussi qu’il apprécierait de temps à autre pouvoir s’envoler, ne serait-ce qu’une minute, du plus haut des Cieux, grâce à ses grandes ailes déployées, tutoyant l’azur, se glissant dans l’air le plus cristallin, enchainant loopings, longues plongées et remontées vertigineuses…

Mais l’heure n’est pas à la fantaisie. L’ange bleu a une mission et il l’accomplira sans faillir. Comme toujours…

À suivre...