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La Pastorale des santons du Village : Mireille, l'humble servante

Elle ne sait pas si elle doit en sourire ou en pleurer. Elle, c’est Mireille, la petite servante du grand Saint Vincent, le Patron des vignerons. Celui qu’on fête tous les 22 du mois de janvier. Cela fait déjà de nombreuses années qu’elle vit dans l’ombre du saint homme et elle n’a pas à s’en plaindre, c’est elle qui l’a voulu. Si elle ne craignait pas un sacrilège, elle pourrait dire d’ailleurs que c’est l’homme de sa vie, mais Vincent n’est pas vraiment un homme, disons qu’il est beaucoup plus que cela, et sa vie à elle, elle ne compte pas au regard de celui qu’elle sert avec humilité et dévouement.

N’allez pas croire ceux qui vous disent que ce Saint Vincent a vécu au IVème siècle de notre ère dans je ne sais quel pays lointain, il est bien vivant et bien d’ici ! Il habite au Village et si quelqu’un peut en témoigner, c’est bien  elle. Mireille n’est pas du genre à se faire remarquer, au contraire. Elle est plutôt discrète et effacée. Si effacée qu’elle en devient la plupart du temps presque transparente. Il faut dire qu’elle a délibérément choisi de se placer dans l’ombre d’un personnage hors-norme, au-dessus du commun des mortels. Un de ces êtres d’exception que vous ne rencontrez qu’une fois dans une vie et qui vous marque à tout jamais. Et elle, l’humble Mireille, elle a eu l’honneur non seulement de pouvoir l’approcher mais même de se dissoudre dans sa propre existence, en toile de fond, dans le décor de sa vie à lui. Elle prépare ses repas, s’occupe de son linge, entretient sa maison, le libérant ainsi de toutes les tâches matérielles ou domestiques qui pourraient un tant soit peu le détourner de ses préoccupations supérieures. Elle ne serait rien sans lui mais elle sait bien que lui serait le même sans elle. Elle fait partie de ces gens de peu dont l’Histoire ne retient jamais le nom, pas plus que les existences… Des êtres interchangeables, sans caractéristiques propres, qui n’ont apparemment pour seule raison d’être que celle de servir ceux dont on se souviendra plus tard. Peu lui importe à elle qu’on la reconnaisse ou qu’elle laisse une race de son passage sur Terre, pourvu que le saint homme soit satisfait de ce qu’elle fait pour lui. Oh, bien sûr, si elle se laissait aller à une certaine futilité, elle aimerait bien qu’il fasse un tout petit peu plus attention à elle mais elle sait que c’est péché que d’avoir une pensée pareille. Servir un Saint est déjà en soi un tel privilège, un tel bienfait, qu’elle devrait s’en satisfaire, sans rien espérer d’autre. Pourtant, les jours où le vague à l’âme l’emporte sur son abnégation quotidienne, elle se prête à rêver d’une autre vie où Vincent aurait été un homme comme les autres, et elle une femme comme il en existe tant. Peut-être alors aurait-il un regard pour elle ? Car elle sait que les hommes ont parfois de telles attentions pour les représentantes de l’autre sexe…Mais elle sait que jamais ce jour ne viendra et qu’elle restera jusqu’à la mort, jusqu’à sa mort, l’humble servante de Saint Vincent. Elle en est tellement convaincue qu’elle a même renoncé à sa condition de femme. Elle n’a jamais apprêté son visage d’aucun fard, elle laisse s’affaisser petit à petit une poitrine qui n’a de toute façon jamais été généreuse et se contente de brosser ses cheveux chaque matin sans nourrir ni espoir ni envie de séduction. Pour séduire qui, d’ailleurs ? Le seul homme qui occupe ses pensées est celui qu’elle sert consciencieusement de l’aube au crépuscule. Elle n’ose pas se l’avouer mais elle le fait avec… amour. Oh, pas un de ces désirs dégoûtants que les hommes et les femmes entretiennent parfois, non. Quelque chose de plus pur, de plus limpide pour qui sait deviner le vrai du faux, le beau du laid, l’éternel de l’éphémère. Jamais elle n’entretiendra aucun commerce avec celui qu’elle s’est donnée pour maître, elle le sait, mais elle n’éprouve ni regret ni frustration. Elle a renoncé à sa propre existence depuis longtemps et ne vit qu’au travers du quotidien de Vincent. Elle ne ressent pas de plus grand bonheur sur cette Terre que celui de contenter un homme qui consacre sa vie à son prochain, sans rien vouloir d’autre que de suivre le chemin tracé par le Très-Haut Elle ne le sait pas, mais Mireille est peut-être l’une des plus belles âmes du Village. Après Saint Vincent, bien sûr…

À suivre...