Les livres de Jérôme Thirolle

11 septembre 2019

Nancy Thermal

 

les débuts de la piscine Nancy Thermal

Mai 1909, à deux pas du Parc Sainte Marie, un forage fait jaillir une eau à 36°C de plus de 800 mètres de profondeur. C'est le début de l'histoire thermale de l'agglomération nancéienne. C'est en 1910 que l'annonce de la construction d'une piscine municipale à prix réduit est faite.

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D’hier à demain...

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06 septembre 2019

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03 septembre 2019

Grenelle des violences conjugales...

La mort et la femme PhotoJT

A l'occasion du lancement aujourd'hui du "Grenelle des violences conjugales", petit retour en arrière sur le chapitre 26 du Coeur des écorchés (2016), ou de la difficile prise en compte de ce fléau...

 

Chapitre 26 De mal en pis

Dès qu’il eut pris son petit déjeuner, Richard se rendit en voiture au commissariat le plus proche. Au-delà de l’inquiétude que la disparition de Victoire avait fait naître en lui, il éprouvait une réelle appréhension à franchir le seuil d’un bureau de la police nationale, quel qu’il fut. En effet, des moments bien pénibles lui revenaient en mémoire…

Peu de temps après le mariage des époux Louvrier, les parents de Victoire s’étaient séparés. Pas d’un commun accord, mais dans la douleur. La mère de la jeune femme avait eu le courage de quitter un beau matin le domicile familial après plusieurs dizaines d’années de peur et d’humiliations quotidiennes. Elle ne voulait plus vivre sous la coupe d’un mari tyrannique qui s’efforçait toujours de donner pourtant une bonne image de lui-même à l’extérieur. La perspective d’une vie stable et heureuse pour sa fille unique l’avait donc finalement poussée à prendre une décision qu’elle remettait sans cesse au lendemain. Prise dans le carcan épouvantable du harcèlement moral et de la violence psychologique depuis qu’elle avait dix-sept ou dix-huit ans, la mère de Victoire, sans emploi, s’était résolue au fil des années à accepter le comportement de cet homme égoïste, avare et vicieux. Il était parvenu à faire un enfer du moindre détail d’une vie normale : recompter la monnaie des courses pour s’assurer qu’il ne manquait pas un centime, vérifier qu’elle n’avait pas acheté quoi que ce soit d’inutile ou de coûteux à ses yeux (l’inverse n’étant pas vrai puisqu’il s’achetait ce qu’il voulait quand il voulait), rabaisser sa femme sans arrêt pour qu’elle n’éprouve aucune satisfaction dans toutes les tâches qu’elle accomplissait, s’inventer en permanence des maladies ou des douleurs pour être plaint, se faire servir à tout moment et ne jamais contribuer à la moindre tâche ménagère tout en affirmant toujours le contraire aux voisins ou aux proches, multiplier les sous-entendus pour faire naître un stress permanent, imposer le silence à sa femme et à sa fille tous les après-midi pour ne pas troubler sa sieste alors qu’il s’ingéniait à faire volontairement du bruit toute une partie de la nuit en multipliant les allées et venues entre la cuisine - où il s’empiffrait bruyamment à n’importe quelle heure - et la télévision devant laquelle il passait le plus clair de son temps. Un individu abject et pervers que Victoire avait eu envie de tuer mille fois au cours de sa jeunesse. Il cherchait en permanence à les inquiéter toutes les deux, à instaurer un climat de crainte et de non-dits propice à l’exercice de son pouvoir sans limite. Armé de sa méchanceté diabolique, il se complaisait à tourmenter sa femme, à la culpabiliser pour un oui ou pour un non, assouvissant ainsi sa soif de violence perverse dans un quotidien qui s’était transformé en cauchemar permanent.

Jusqu’à ce qu’un concours imprévu de circonstances amène l’épouse-victime à fuir le domicile conjugal et à se réfugier chez un parent éloigné. Soutenue et encouragée dans cette démarche par Victoire et Richard, la pauvre femme avait alors essuyé alternativement les emportements furieux et les pleurs suppliants du mari délaissé, passant sans cesse des menaces aux demandes de pardon, des insultes aux promesses de rachat de sa conduite. Personne n’était dupe mais plus les jours passaient et plus il s’enfermait dans une logique intérieure qui leur échappait.

Richard n’avait jamais entretenu de bonnes relations avec son beau-père et ce dernier le lui rendait bien, conscient qu’il aurait du mal à asservir ce jeune banquier à l’avenir prometteur. La séparation et la procédure de divorce qui avaient suivi n’avaient rien arrangé. À tel point que Richard reçut un jour un long courrier de menaces, y compris de mort. Sa belle-mère ayant reçu une missive similaire, il s’était résolu à déposer plainte pour que la justice mette un terme à une situation qui n’avait que trop duré.

Il eut alors affaire à une femme du commissariat de son quartier. Suspicieuse et incrédule, cette dernière douta dès le premier instant des propos qu’il rapportait. Il eut beau fournir toutes les explications nécessaires, lettre de menaces à l’appui, elle refusa d’enregistrer la plainte. Il dut se battre pour qu’elle accepte de procéder au moins à une déclaration de main-courante (dont elle refusa de lui délivrer une copie en application d’on ne sait quel texte insensé) dans laquelle il spécifia qu’il avait peur pour lui et pour les siens puisque son beau-père possédait un fusil de chasse et qu’il était assez fou pour s’en servir. L’agent de service inscrivit la déclaration au registre sous la rubrique Différends familiaux et rassura Richard, lui précisant que rien ne se passerait.

Peu de temps après, la mère de Victoire tombait sous les balles de son mari, juste avant qu’il ne retourne l’arme contre lui, mettant un terme sanglant et tragique à ce que les journalistes appelèrent un drame de la séparation… [...]

Le cri PhotoJT

 

30 août 2019

Le Mausolée du Coeur !

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Voilà...

Avec cet épilogue se termine la publication sur mon blog de l'intégralité du roman "Le Coeur des écorchés" auquel il me plaît de redonner aujourd'hui son nom originel : "Le Mausolée du Coeur" !

Des dizaines de chapitres, des milliers et des milliers de mots pour raviver le souvenir éteint de l'écrivain Henry Bataille et pour révéler le lien méconnu qui unit dans l'ombre le Transi de Ligier Richier à Bar-le-Duc (Meuse) au trésor de l'abbé Saunière à Rennes-le-Château (Aude).

J'espère que vous aurez pris autant de plaisir à lire ce récit que j'en ai pris à l'écrire. Le livre vous a plu ? Vous a déplu ? Dites-le-moi ! La rubrique "Contactez l'auteur" en haut à gauche est faite pour cela. Celles et ceux qui souhaiteraient s'en procurer un exemplaire d'édition n'auront qu'à m'adresser un message, je les recontacterai ensuite.

Au plaisir de vous lire à mon tour,

Jérôme THIROLLE

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Épilogue

 

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Épilogue

 

Mimose Corbière fut retrouvée pendue dans sa cellule. Thomas Lherbier aussi. Troublantes coïncidences…

Henry Lhéritier, le concierge de la rue de l’Université, constata avec satisfaction que la pérégrination estivale de Victoire et de Richard s’était déroulée à merveille, ignorant évidemment tout de leur tragique mésaventure.

La sérénité retrouvée au sein du couple, désormais intacte et pure comme au premier jour, se renforça rapidement au travers d’embellies professionnelles notoires, pour l’un comme pour l’autre : Donà Louvrier devint directrice d’une prestigieuse agence immobilière implantée à quelques pas des plus beaux quartiers de Paris et Richard prit la responsabilité d’un secteur financier émergeant promis à un bel avenir. Tout leur souriait.

Un peu plus de six mois après le Festival RenaissanceS, ils décidèrent de retourner à Bar-le-Duc à l’occasion de la Saint Valentin. Après avoir brûlé un cierge en se recueillant au pied du Mausolée du Coeur par une belle journée froide et ensoleillée, ils passèrent main dans la main le porche savamment ouvragé d’un restaurant de la Ville Haute situé à côté de la Tour de l’Horloge, où la propriétaire de cette ancienne maison de chanoines du XVIIIe siècle les convia avec élégance à “un délicieux moment de calme autour d’une cuisine alliant tradition et modernité, teintée d’une touche exotique”. Un plaisir qu’ils ne comptaient pas bouder.

— Elle est pas belle la vie ? fit Richard en prenant sa femme par la taille.

Les deux amoureux admirèrent tout au long du repas la vue exceptionnelle que leur offrait ce promontoire raffiné sur la ville des Ducs de Bar, enlaçant fréquemment leurs doigts en signe de tendresse. Ils abordaient l’avenir avec d’autant plus de confiance que Victoire était enceinte : elle attendait un garçon, sa deuxième échographie était formelle. La jeune femme n’avait jamais été aussi belle ! Rayonnante d’une rousseur fauve dont les nuances se perdaient dans l’infinie palette de la beauté féminine quand elle est exacerbée par la maternité et par l’amour.

Après s’être donné le temps de la réflexion nécessaire pour agir avec rationalité et responsabilité, ils décidèrent de ne jamais parler à qui que ce soit de Rennes-le-Château, de Bérenger Saunière, de Moux ou d’Henry Bataille. Il leur fallut néanmoins infiniment de fermeté et de courage pour ne pas céder aux sirènes de la facilité et pour s’interdire d’éventer ce lourd secret.

D’un commun accord, ils consignèrent leurs révélations dans un document scellé déposé chez un notaire de la Capitale.

Plus tard, et plus tard seulement, leur fils pourrait en faire ce qu’il en voudrait. L’important était ailleurs : ce cauchemar avait pris fin !

— Au fait, il va falloir trouver un prénom à notre petit ange ! s’exclama Victoire en passant sa main avec attendrissement sur son ventre légèrement arrondi tout en pensant malgré elle à l’abbé Saunière. Richard était indécis.

— Ça y est, j’ai trouvé ! reprit-elle, les yeux pétillants de bonheur.

— Dis voir ?

— On l’appellera… Bérenger !

 

*  *  *

 

Seul rescapé de l’hécatombe qui avait décimé les poursuivants des époux Louvrier, Oswald se terrait loin de là.

Se faire oublier d’abord. Enfin débarrassé du Comte de Loudenhove et de Bogdana, il lui fallait maintenant rassembler les pièces du puzzle pour y voir plus clair. La clé de l’énigme lui avait échappé mais Victoire était une cible et son enfant une monnaie d’échange. L’ancien tueur de Cornélius n’avait désormais plus qu’une ambition : mettre la main sur le trésor, quel qu’en fût le prix à payer. Rien ne pressait cependant. Il ne lui restait plus qu’à guetter dans l’ombre le moment propice pour agir. Il saurait attendre…

 

Car il n’est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être mis au jour.”Evangile selon Saint Marc, 4 – 22

 

FIN


29 août 2019

Chapitre 55 Le Mausolée du Cœur

 

Chapitre 55 Le Mausolée du Cœur

 

Mausolée PhotoJT

 

Dans une splendeur grandiose et dépouillée, il était là, devant eux, protégé par une haute et épaisse grille de fer forgé ornée de palmettes dorées. Surplombant un soubassement maçonné aux armes de Lorraine et de Bar sur lequel reposait la somptueuse dalle de marbre ayant appartenu jadis à la sépulture des Ducs, la dépouille de René de Chalon semblait s’extraire comme par magie d’un manteau d’hermine peint il y a plus de deux siècles déjà par Varembel.

Au-dessus, un blason symboliquement vierge de toute armoirie entouré du collier de la Toison d’Or et surmonté d’un casque imposant rappelait la gloire passée du Prince d’Orange tandis que, tout autour, douze consoles * complétaient l’ensemble et lui conféraient le titre respectable de Mausolée du Cœur entre deux colonnes corinthiennes sombres comme la nuit.

 

* Au départ, douze statues de marbre blanc d’un pied de hauteur et originaires de la Collégiale Saint-Maxe ornaient ces niches. Représentant les apôtres, elles dataient du XVe siècle et furent vandalisées en 1793 puis remplacées par de “grotesques tibias surmontés d’une larme” (Lucien Braye) dont on aperçoit encore quelques vestiges dans l’ossuaire situé sous le Transi. Les consoles sont vides de nos jours.

 

Richard et Victoire étaient à la fois émus et heureux. Emus d’avoir pu parvenir jusqu’à lui, heureux de l’avoir découvert par hasard et de se retrouver maintenant à ses pieds, humbles et recueillis. Soudain, l’un des deux tira l’autre par la manche et lui montra d’un doigt tremblant un détail discret qui échappait au premier regard mais qui confirmait pourtant sans ambiguïté la présence du trésor, là, quelque part sous le cénotaphe. Ils en restèrent tétanisés de longues secondes. Ils avaient sous les yeux le signe évident de la présence de l’antique coffre-fort de la Chrétienté dont l’abbé Saunière puis Henry Bataille avaient partagé le secret avant eux.

Debout, à côté de la treizième station du chemin de croix, ils ne disaient plus un mot, indifférents aux badauds qui se déplaçaient dans l’église.

 

Transi couleur

 

Richard actionna ensuite le bouton poussoir d’une minuterie qui éclairait le Transi ainsi qu’un ossuaire aménagé dans le soubassement de l’édifice funéraire. Curieuse par nature, Victoire s’agenouilla puis se releva vite, esquissant une grimace de dégoût. On apercevait en effet derrière la grille, sous la base rouillée qui supportait la dalle de marbre noir, deux boîtes aux couvercles de verre contenant des morceaux de crânes et des ossements. Une affichette précisait l’identité de ces restes princiers épars, victimes de la furie révolutionnaire du Bataillon du Temple en 1793 : Comte Henri IV (mort en 1344), Iolande de Flandres, son épouse (1328-1395), Robert le Magnifique, 1er Duc de Bar (1342-1411), Marie de France, son épouse (1344-1404), Edouard III leur fils, tué à Azincourt en 1415 et d’autres plus anciens encore, sans certitude cependant.

 

Ossuaire PhotoJT

 

— Beurk ! murmura la jeune femme.

— Tu exagères, on n’est plus à un macchabée près ! fit Richard en désignant le Transi d’un air amusé.

Victoire s’apprêtait à lui répondre du tac au tac quand Cornélius Douze-Janvier s’élança vers eux, un révolver muni d’un silencieux pointé dans leur direction.

— Ne bougez plus ! Au moindre cri, au moindre geste, je vous descends ! dit-il en les obligeant à reculer dans l’angle formé par le mur et la grille.

— Mais qui c’est celui-là ? s’étrangla Richard, surpris et déconcerté à la fois.

— Je perdrais trop de temps à vous l’expliquer ! répliqua le Comte de Loudenhove avec une détermination qui leur fit froid dans le dos. Ne craignez rien, je ne suis pas une brute. Vous ne souffrirez pas, j’y mettrai un point d’honneur ! C’est donc là qu’il se cache vraisemblablement ! s’écria-t-il en posant de grands yeux admiratifs sur le chef d’œuvre de Ligier Richier. C’est si évident !...

Le choc de cette apparition impromptue fut tel que Victoire sentit ses jambes se dérober sous elle. La jeune femme était sur le point de défaillir quand le moine masqué qui avait étranglé Bogdana un peu plus tôt fondit soudain par surprise sur Cornélius. On se serait cru alors dans un mauvais polar. Une courte lutte d’une très grande violence s’engagea avant de s’interrompre après que trois détonations étouffées par le silencieux de l’arme eussent retenti dans les froissements de vêtements et les coups que les deux hommes se portaient. Les corps s’immobilisèrent un instant puis s’affaissèrent lentement, comme dans un ralenti de cinéma. À peine terrassé, le Comte de Loudenhove essaya de se relever. N’y parvenant pas, il s’efforça de ramper sur une vingtaine de centimètres. Un long filet de sang ininterrompu s’écoulait de sa bouche.

— Oh non, c’est trop tôt, pas comme ça, pas si près du but… confessa-t-il en suffocant avant de retomber sur le sol. Définitivement.

Paralysés par l’effroi, Richard et Victoire comprirent qu’il avait cessé de vivre.

Aussitôt, ils s’arrachèrent à leur refuge de fortune – qui aurait pu tout aussi bien devenir le lieu funeste de leur supplice - et s’approchèrent de l’autre corps étendu sur le pavé de l’église. L’homme semblait respirer encore. Moins par curiosité que par volonté de lui venir en aide, Victoire souleva avec précaution la cagoule qui dissimulait son visage et poussa un cri :

— Sigismond Tournebouix ! L’hôtelier de Couiza.

Lui aussi perdait beaucoup de sang. Il remuait les lèvres avec difficulté. Elle se pencha pour tenter de percevoir le murmure à peine perceptible qui s’en échappait :

— Vous êtes désormais seule à savoir, donà Louvrier… J’étais le dernier survivant de notre confrérie… Le secret de la confession a été trahi… Cet or est maudit… Donà Victoire, prenez garde…

Il se tut brusquement. Son corps tout entier parut traversé tout à coup par une douleur foudroyante puis il expira, rejetant violemment en arrière sa tête de centaure occitan.

Indifférent au drame qui se jouait à ses pieds décharnés, le Transi replongea dans l’obscurité. L’éclairage de la minuterie était arrivé à son terme.

La jeune femme, bouleversée par cette nouvelle tragédie, s’effondra en larmes dans les bras de son mari.

à suivre...

28 août 2019

Chapitre 54 Délirant Festival RenaissanceS (2/2)

 

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Chapitre 54 Délirant Festival RenaissanceS (2/2)

 

Ils atteignirent Bar-le-Duc en fin d’après-midi. Leur séjour n’avait pas vocation à perdurer puisqu’ils devaient repartir dès le lendemain pour Paris. Ils s’attendaient naturellement à découvrir une localité de province, semblable à tant d’autres “avec ses souvenirs un peu minces, d’où y’a pas beaucoup d’trains qui partent” pour reprendre les paroles d’une chanson d’Eric Frasiak, mais quelle ne fut pas leur surprise en arrivant dans une ville en pleine effervescence, une Cité des Ducs plongée dans un maelstrom de couleurs, de costumes, d’échoppes et de spectacles de rue permanents.

 

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Les vieilles pierres des façades de la Ville Haute s’étaient chamarrées d’oriflammes flamboyants pour mieux surplomber avenues et ruelles, grouillantes d’une foule immense qui drainait compulsivement les artères de ce quartier historique comme le sang le fait pour un organisme plein de vie. Ils débarquaient sans le savoir en plein Festival RenaissanceS. Un long week-end annuel où la ville championne mondiale dans l’art d’épépiner les groseilles à la plume d’oie s’abandonnait sans retenue à une frénésie de poésie, de spectacles burlesques et de tableaux vivants surréalistes sur un fond d’odeur de gaufres, de feux d’artifice et de cornemuses. Une sorte de Cour des Miracles démesurée où une Barbie martyrisée côtoyait des courses d’escargots géants et où un violoncelliste talentueux interprétait en solo le répertoire le plus trash d’AC/DC pendant qu’un Père Noël véreux exhortait les enfants à fumer et à boire dans l’enthousiasme déjanté insufflé par une troupe de Scotcheurs Eclairés. Chorégraphies improvisées, arts du cirque, acrobaties psychédéliques, tendresse inattendue, marionnettes philosophes ou saltimbanques “timbrés” : partout une folie communicative s’emparait de la ville sous l’impulsion d’une étrange cohorte de maîtres de cérémonie en livrées à brandebourg invitant sans cesse les passants à “utopier à tort et à travers”. Nos deux Parisiens furent complètement dépaysés en quelques minutes, emportés par un flot de spectateurs avides de nouvelles émotions déconcertantes et de rires irrépressibles.

 

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Richard se laissa plus particulièrement séduire par une petite troupe qui réinterprétait les dialogues cinématographiques français les plus populaires (Hôtel du Nord, Les Valseuses, La Grande Illusion, Buffet Froid, La Traversée de Paris, Pépé le Moko entre autres) avec scénettes et chansons, le tout accompagné par deux orgues de barbarie, l’un mécanique à flûtes et hanches, l’autre pneumatique à flûtes. Les connaisseurs apprécieront.

Victoire, quant à elle, tomba immédiatement sous le charme d’un certain Jean-Claude Fisher, escogriffe en costume blanc qui avait pris place sur les marches de l’église

Saint-Etienne, ancienne église Saint-Pierre, but de leur voyage. Adepte d’une improbable fouarce, mélange de foi et de force, servi par deux acolytes, manipulateurs d’artifices pour l’un et joueur de guitare Heavy Metal tendance gothique pour l’autre, le bonimenteur se proposait de soulever l’édifice à deux mètres de hauteur par la seule puissance de la volonté, de le faire pivoter à droite puis à gauche avant de le reposer délicatement, en veillant à ne pas endommager cette merveille architecturale séculaire.

Rires garantis. Sous l’œil d’une Victoire éberluée, choisie au hasard dans la foule par un comparse du comédien pour superviser la délicate opération ! Mauvaise foi, bassesses, chantage, fantaisie délirante : elle n’avait jamais ri de si bon cœur aussi longtemps. Les trois hommes exhortaient la foule à “croire à l’impossible”, assurant tout un chacun que son golden day, en gros son jour de bonheur, était arrivé. Il faisait nuit quand le spectacle prit fin. Victoire et Richard s’achetèrent des encas “du terroir” afin de pouvoir continuer à déambuler librement dans cet univers décalé, différant autant qu’il était possible leur rendez- vous avec la créature fantomatique de Ligier Richier.

L’imminence d’une grande féerie pyrotechnique nocturne, clou annoncé de ce samedi de festival, entraîna une partie de la foule à l’autre extrémité de la place Saint- Pierre, à l’opposé du parvis de l’église.

 

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— C’est le moment d’y aller, non ? Il y a moins de monde… fit Victoire avec hésitation.

— Tu as raison, on y va…

Quand ils pénétrèrent dans la nef et que les portes se furent refermées derrière eux, ils éprouvèrent un étrange sentiment de grandeur et de recueillement. Les bruits étouffés de l’extérieur ne leur parvenaient que par saccades, au gré des battants d’entrée qui s’ouvraient et se fermaient avec les allées et venues des badauds. Ils n’étaient pas seuls dans l’église, bien au contraire, mais on n’y retrouvait pas la foule dense du dehors.

Ne connaissant rien à la configuration de cet édifice religieux, chef-d’œuvre de virtuosité du gothique flamboyant, Victoire interrogea un lutin à tête de laitue, vêtu de rose et de vert. Sans hésiter, il leur indiqua le fond de l’église, à droite.

Ils remontèrent lentement l’allée centrale, retardant volontairement la rencontre avec le fameux Squelette, conscients qu’il y aurait irrémédiablement un avant et un après.

 

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Alors qu’ils avançaient ainsi au milieu de l’église, Cornélius Douze-Janvier et sa compagne (Oswald était resté à l’extérieur) progressaient eux aussi vers le chœur, mais par une allée latérale.

Très élégante, violon à la main - elle n’avait pas pu résister au plaisir de se joindre dans les rues à d’autres concertistes tant la passion de la musique la possédait -, Bogdana était habillée à la garçonne, chapeau blanc à bordure noire genre panama sur la tête. Devant elle, le comte de Loudenhove filait à toute allure pour ne pas perdre de vue ses deux proies.

Alors qu’elle s’apprêtait à admirer distraitement une fresque polychrome altérée en partie par les ans, un homme de très grande taille habillé en moine, cagoule de pénitent sur le visage, l’attira violemment à elle, lui arracha l’instrument des mains et le brisa sur le fût d’une colonne.

Il saisit alors la carcasse démantelée du Stradivarius puis, tout en plaquant Bogdana contre le mur, entoura rapidement les cordes du violon autour de son cou en tirant de toutes ses forces. Elle se débattit, tenta de crier, mais l’étau qui lui broyait la gorge l’en empêchait. La forte corpulence de son agresseur eut bientôt raison des efforts désespérés qu’elle faisait pour échapper à cette étreinte implacable. Après d’ultimes sursauts liés à l’asphyxie qui l’arrachait douloureusement à ce monde, elle cessa de vivre.

Son corps tomba sur le pavage de l’église comme une marionnette à qui on aurait soudain coupé les fils.

Le moine cagoulé se baissa, souleva une lourde grille de fonte ajourée qui s’ouvrait dans le sol et précipita le cadavre dans une cavité béante et obscure.

Plusieurs personnes présentes à proximité se mirent alors à applaudir, croyant assister à un spectacle organisé dans le cadre du festival. Cornélius s’était retourné un instant en entendant les acclamations mais, obnubilé par l’imminence de l’aboutissement de sa quête, il avait poursuivi son chemin, ignorant le drame qui venait de se jouer derrière lui.

Au même moment, Victoire et Richard atteignirent le chœur puis tournèrent à droite en direction du monument qui faisait face à la chapelle Saint-Urbain…

à suivre...

27 août 2019

Chapitre 54 Délirant Festival RenaissanceS (1/2)

 

Chevauchée photoJT

 

Chapitre 54 Délirant Festival RenaissanceS (1/2)

 

Faut-il frôler à ce point la mort pour apprécier - enfin - le miracle chaque jour renouvelé de la vie ?

Le souvenir même de leurs disputes passées s’était envolé, comme emporté par une rafale soudaine de ce vent occitan qu’on appelle le cers. Bien sûr, ils étaient encore sous le choc des éprouvantes péripéties qu’ils venaient de traverser mais ils se rendaient compte qu’il n’y avait pas de plus grande richesse que celle d’être vivant. Et amoureux.

Un rayon de soleil à travers le pli d’un rideau, le battement d’aile d’un papillon posé sur le rebord ourlé d’une fleur sauvage, le clapotis langoureux de la Salz : tout était prétexte à ravissement, à émerveillement. Ils vivaient une seconde naissance en quelque sorte, une nouvelle existence consacrée au bonheur, à l’amour et à la félicité de leur couple. Sans naïveté cependant : conscients de l’importance de la révélation dont ils étaient désormais les dépositaires, ils n’avaient rien dit aux nombreux enquêteurs qui les avaient interrogés par la suite.

De son côté, le procureur préféra classer l’affaire, faute de moyens à consacrer à ce dossier supplémentaire et au motif de surcroît qu’il ne servait à rien de raviver le traumatisme subi par les victimes. L’enquête regagna donc sans bruit le rayonnage des “enlèvements crapuleux”, malgré - ou à cause de- la mort de la plupart de ses protagonistes.

Elle ne fit pas non plus figurer dans les procès-verbaux de mention au trésor supposé de l’abbé

Saunière, référence pas assez sérieuse aux yeux du magistrat, même si tout laissait penser que deux organisations criminelles informelles s’étaient combattues pour en retrouver l’hypothétique trace sous la houlette de Bernard de Cosneil d’un côté et de Maximilien Lamort-Lecrabe de l’autre. À la nuance près que si les forfaits accomplis par ces deux clans relevaient des canons le plus purs de la criminalité, leurs motivations n’avaient en revanche rien de commun. La préservation coûte que coûte d’un secret et d’un patrimoine ancestral pour le premier, le seul appât du gain pour le second. Quant à l’orgueil, il était l’apanage de Cornélius Douze-Janvier, le troisième. Mais, n’ayant été repéré ni par la police ni par la gendarmerie, ce dernier demeura totalement étranger à l’affaire…

À Couiza, les vacances de Victoire et de Richard se terminaient. Il allait leur falloir reprendre une vie normale. Ce qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’était pas évident. Pour tout dire, la tentation de changer d’identités les avait même effleurés, non pour profiter de ces circonstances hors norme et s’éveiller ainsi à une nouvelle destinée mais plutôt pour se prémunir contre une résurgence ultérieure du danger. Changer de nom, s’installer dans une autre ville, s’inventer un nouveau parcours de vie : autant d’artifices et de sacrifices qui pouvaient leur permettre d’échapper à un risque qui n’aurait pas été intégralement contenu.

Mais l’ampleur des mesures à prendre était telle qu’ils y renoncèrent sans regret : ils n’avaient pas la Mafia en face d’eux après tout ! Un gendarme les mit toutefois en garde en leur avouant qu’une menace, quelle qu’elle soit, ne disparaissait jamais complètement. Ils écoutèrent son conseil et lui promirent d’être vigilants.

— Richard, et si on allait à Bar-le-Duc plutôt que de remonter directement à Paris ?

— J’y pensais…

— C’est juste pour en avoir le cœur net ! C’est sûr que ça fait des kilomètres mais on ne peut pas rester avec ce secret sur la conscience sans y jeter au moins un œil !

Il regarda Victoire avec un sourire sur les lèvres qui disait oui.

Reprendre la route, du sud vers le nord-est, un samedi de chassé-croisé estival n’était pas a priori le choix le plus judicieux mais les époux Louvrier furent finalement surpris de trouver moins de circulation qu’ils ne l’avaient prévu. Les conseils avisés de Bison Futé avaient vraisemblablement incité les vacanciers à anticiper leur départ d’une journée ou à le reporter au dimanche, jour bénit s’il en est où poids-lourds et camions en tous genres désertent les grands axes pour s’entasser dans un repos forcé le long des aires d’autoroutes. L’atmosphère dans la voiture était badine et décontractée. À l’extérieur, le ciel était gris et il pleuvait par endroits.

— Au fait, fit Victoire, la chevelure dénouée et étalée de manière désordonnée mais ravissante sur l’appui-tête du siège passager, je me disais bien que je l’avais déjà vu quelque part le Transi !

— Et ?...

— C’était la statue géante qui décorait le Tour 2009 de Mylène Farmer ! Tu t’en souviens ?

— Vaguement…

— Vaguement ? Décidément, toi et ta mémoire !...

Ils éclatèrent de rire.

— Non, mais sérieusement, tu t’en souviens ?

— Tu sais, moi, les rousses…

— Elle, c’en est une fausse je te signale !

— Ah bon ? Et tu tiens ça de qui ? dit-il pour la faire enrager.

— Tout le monde le sait !

— Quelle différence ça fait, après tout…

— Attends qu’on soit à l’hôtel, susurra-t-elle en remontant le bord de sa jupe sur ses cuisses, et je vais te la montrer la différence…

Ils se regardèrent en souriant avec une complicité aussi tendre que sensuelle.

Ils roulaient déjà depuis plusieurs heures quand ils aperçurent la pancarte “Lyon centre – Lyon Est”, annonçant une bifurcation imminente.

— Je n’ai pas envie de prendre le contournement, fit Richard. On tente le tunnel de Fourvière ?

— Allez, soyons fous ! En revanche, on va peut-être s’arrêter avant Lyon, non ? Regarde : “Aire de Sérézin du Rhône. Lyon 17 km”.

— Vendu ! Richard prit la bretelle de sortie et trouva une place sans difficulté - un miracle les jours de forte affluence – le long de la station-service. Ils firent quelques pas sur un sentier aménagé, histoire de se délasser, puis rentrèrent prendre un café.

Alors que Victoire agitait négligemment la tige de plastique blanc biodégradable dans sa tasse de carton, développement durable oblige, son regard fut attiré par une grosse berline stationnée un peu à l’écart. Une belle et longue voiture luxueuse aux vitres intégralement teintées. Une Bentley, pour être précis.

— Des Anglais certainement, se dit-elle, sans y prêter plus d’attention.

— On y va ? s’exclama Richard, ragaillardi par cette pause ni trop longue ni trop courte. Tu veux reprendre le volant ?

— Pas tout de suite, je préfère me laisser conduire par mon chauffeur préféré !

— Les désirs de madame sont des ordres !

Une cinquantaine de kilomètres plus loin, un immense tag peint sous un pont fit dire à Victoire que la philosophie pouvait vraiment se nicher partout : “La noirceur de l’âme ne s’efface pas avec des pleurs”…

La fatigue et la longueur du trajet commençaient à la faire sombrer dans une demi-léthargie. À un moment, il lui sembla avoir aperçu la Bentley dans le rétroviseur mais elle n’en était pas certaine. Elle résista au sommeil en tentant de raviver une occupation d’enfance quand les trajets familiaux en voiture s’éternisaient, à savoir regarder les plaques d’immatriculation des autres véhicules pour deviner leur provenance géographique - un exercice rendu difficile au demeurant par la nouvelle réglementation européenne d’harmonisation des mentions qui y figurent mais elle finit par s’assoupir. Richard coupa le son de la radio pour ne pas la déranger tout en regardant de temps à autre cette belle silhouette endormie à ses côtés, séduisante et apaisée.

Plus ils remontaient vers le nord et plus le ciel se découvrait.

— On est parti de Couiza sous la pluie et voilà maintenant que le soleil se met à briller ! Si je le racontais, pensa Richard, on ne me croirait pas…

Victoire se réveilla à hauteur de Beaune-Merceuil. Elle entrouvrit lentement les paupières puis s’étira comme un chat, féline et élastique, malgré l’habitacle inconfortable de la voiture. Deux panneaux se suivaient à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Elle vit le premier, “Abbaye de Cîteaux” et Richard le second, “Château du clos de Vougeot”. Allez savoir par quoi les attentions masculine ou féminine sont attirées ?...

Leur trajet se déroula sans encombre. Ils suivirent à la lettre les indications du GPS, passèrent à hauteur de Dijon puis de Chaumont avant d’obliquer vers Saint-Dizier – là où René de Chalon perdit la vie en 1544 -, au nord de la Haute-Marne.

— Tu sais, quand on est passé près du viaduc de Chaumont tout à l’heure, fit Victoire, tu vas certainement trouver cela idiot, mais j’ai cru apercevoir une Bentley derrière nous.

— Bah, un type du coin plein aux as, peut-être. C’est quoi le problème ?

— C’est plutôt rare comme voiture et j’ai eu l’impression de la voir à plusieurs reprises depuis ce matin.

— Ça t’inquiète ?

— Non, ça m’intrigue…

— Allez, fit-il en déposant sa main sur son genou gauche pour la rassurer, c’est normal d’être vigilant après tout ce qu’on a vécu mais on n’est quand même pas dans un film…

à suivre...

 

 

26 août 2019

Chapitre 53 Faust de bazar !

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Chapitre 53 Faust de bazar !

 

Nator fourrageait convulsivement ses ongles démesurés dans les poils crasseux et enchevêtrés de sa toque quand l’arrivée impromptue d’un véhicule le fit sursauter.

Il venait à peine de se lever et d’attraper sa canne-serpent quand la porte de la pièce où il se trouvait s’ouvrit violement. Oswald apparut dans l’embrasure de l’entrée, tel un spectre menaçant.

Autant il n’avait jamais craint Hilario, Jay ou Diego, les sbires de Maximilien Lamort-Lecrabe, alias le Chef, autant l’homme de main de Cornélius lui inspirait méfiance et terreur sourde.

— Monsieur le Comte veut vous voir. Maintenant ! ajouta-t-il avec une moue expressive, liée à l’écœurement provoqué par l’odeur entêtante des volutes de papier d’Arménie qui s’élevaient un peu partout dans la bibliothèque.

Darwin, le chat du vieil homme, tenta de s’approcher en miaulant de cet exécutant des basses œuvres mais il le projeta du bout du pied à au moins trois mètres de distance. Sans ciller. Nator était mal à l’aise mais il s’efforçait de ne pas le montrer. Il ne devait surtout pas laisser cette brute sans âme s’imaginer que le vieux sage en sarouel le craignait. Il essayait de se convaincre du contraire, se répétant mentalement sans fin que ce germain dégénéré ne valait rien de plus qu’un pet de limace. La peur le gagnait cependant aussi sûrement que la mer reprend ses droits sur le rivage les soirs de grandes marées. Il sentait la nuit s’avancer lentement dans sa vie. Il ne se souvenait pas d’avoir éprouvé une telle appréhension, hormis la fois où il s’était perdu (il avait alors neuf ou dix ans) dans le dédale inextricable des Cruzels de Saint-Martin-le-Vieil, près de Carcassonne.

— Dépêchez-vous ! s’écria Oswald avec autorité.

Le ton de sa voix acheva de convaincre Nator que cet ultimatum n’annonçait rien de bon.

— J’arrive, j’arrive…

— Avance, vieille baderne puante ! fit-il en le bousculant.

Une vingtaine de minutes plus tard, Nator parut enfin devant le comte de Loudenhove. Il imagina un instant se plaindre des mauvais traitements qu’Oswald lui avait réservés pour venir jusque-là mais l’impatience de Cornélius se lisait si ouvertement sur son visage qu’il en fut dissuadé aussitôt.

Debout sur une véritable peau de tigre du Népal, le maître des lieux semblait tout droit sorti d’un invraisemblable capharnaüm qui conférait à la scène une dimension presque tragique. Il y avait là un clavecin italien dont la caisse extérieure et la table d’harmonie étaient entièrement recouvertes de peintures chatoyantes, une lugubre école hollandaise du XVIe siècle au-dessus d’un important coffre gothique en chêne sculpté ainsi que d’innombrables tapisseries de toutes époques. Sans oublier, sous une large niche voûtée, une sainte Catherine polychrome du début de la Renaissance, une étrange divinité précolombienne en roche volcanique et une vanité au crâne surmontée d’un spot lumineux qui la faisait resplendir d’une lueur inquiétante.

— Qu’est-ce que c’est que cette comédie ! hurla-t-il en lui montrant des photographies de la tombe d’Henry Bataille. Il y en a encore beaucoup d’autres dans les environs des squelettes avec une patte en l’air ? La carte postale, la tombe : c’est quoi ce jeu de piste !

Le vieil homme écarquilla les yeux en apercevant les clichés et crut comprendre, un peu tard, ce que les arcanes s’évertuaient à lui révéler chaque fois qu’il leur posait la sempiternelle question : “Forces obscures, racines supervivens du Bien et du Mal, révélez-moi l’emplacement du trésor !”. Une seule carte apparaissait toujours : la Mort. Ou plutôt, le Squelette…

— Alors ! J’attends ! fit-il, aussi furieux qu’agressif.

Nator n’eut pas le temps d’entrouvrir les lèvres pour apporter au Comte la réponse qu’il attendait tant. Terrassé par une crise cardiaque, il s’affaissa sans dire un mot.

— Docteur, docteur ! Vite ! s’écria Cornélius en s’adressant à Christian Busczok qui était dissimulé derrière une tenture, à l’angle de la pièce. Il faut le sauver ! Il doit vivre encore un peu ! Lui aussi a compris où était le trésor, je l’ai lu dans ses yeux !

Le docteur Busczok se précipita vers lui et lui prodigua sans attendre un massage cardiaque censé le ramener à la vie. Après quelques minutes d’efforts acharnés, le médecin releva la tête en direction de Cornélius.

— Il n’y a plus rien à faire…

— Aaaahhhh ! Le Comte poussa un hurlement déchirant et se mit à l’insulter en allemand avec une hargne hors du commun.

Oswald s’approcha, prêt à intervenir au moindre ordre de son maître.

— Vermine ! reprit-il avec véhémence. Vous n’êtes qu’un incapable ! Et dire que je vous ai fait confiance ! Charlatan ! Vous m’aviez promis l’accès aux énigmes de l’Univers, vous deviez m’enseigner la transgression démoniaque mais vous m’avez berné avec votre fatras de sociétés secrètes, de forces maléfiques et de cérémonies grotesques ! Faust de bazar ! Bogdana avait raison ! Vous n’êtes qu’un bigleux répugnant, lâche et imbécile ! Comment n’ai-je pas su vous voir tel que vous étiez vraiment ! Le cher ange ne cessait pourtant de me mettre en garde contre votre ésotérisme de carnaval ! J’ai cru à vos trucages, à vos tartufferies : les mystères d’Eleusis, l’égrégore, les sabbats orgiaques, Asmodée. Imposteur ! Nator est mort par votre faute et le trésor m’échappe définitivement cette fois !

Affolé, le docteur Busczok tenta de s’enfuir. Il parvint à traverser le vaste salon mais la porte à doubles battants qui donnait sur le couloir extérieur était fermée à clé. Il essaya vainement de tirer de toutes ses forces sur la clenche mais elle ne céda pas. Ni le Comte, ni son homme de main n’avaient bougé. Le médecin, conscient qu’il était pris au piège, se laissa alors glisser le long de l’huis, pleurant comme un enfant.

— Oswald ! fit Cornélius.

L’ordre, bien que non énoncé, était clair. Il se dirigea lentement vers la silhouette avachie qui s’efforçait d’échapper illusoirement à la sentence. Christian Busczok le supplia à plusieurs reprises. Oswald le regarda en silence puis lui brisa la nuque.

à suivre...

25 août 2019

Chapitre 52 Le voile se déchire… (3/3)

 

Sauvés PhotoJT

 

Chapitre 52 Le voile se déchire… (3/3)

 

Lorsque le libraire de Couiza enjoignit Richard de dire adieu à sa compagne, ce dernier ferma les yeux du plus fort qu’il put et serra sa mâchoire à s’en faire éclater les dents. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Un dixième de seconde plus tard, il entendit la déflagration du coup de feu fatal. Une décharge d’une violence inouïe foudroya son cerveau : il était mort… Un instant plus tard, toujours sous le choc de cette sidération, il réalisa qu’il était encore conscient. Surpris, il entrouvrit les paupières et vit Bernard de Cosneil s’effondrer lentement sur le sol, le visage mutilé par une blessure béante. Son corps fit un bruit sourd en s’affalant dans la poussière au milieu d’une flaque de sang qui s’élargissait démesurément.

Une vingtaine de gendarmes en treillis surgirent alors dans un camaïeu de cagoules noires, de gilets pare-balles et d’armes de poing ou d’épaule balayant frénétiquement toutes les directions. Sans leur laisser le temps de se relever, un homme s’avança vers eux, raccrocha son Sig Sauer Pro 2022  à la ceinture et arracha d’un geste triomphal sa cagoule :

— Tout va bien, c’est fini !

Richard reconnut sans difficulté d’adjudant-chef Guillaume Siegfried. Il avait cependant de la peine à réaliser qu’ils venaient d’être sauvés in extremis. Après un moment d’hésitation, les deux Parisiens tombèrent dans les bras l’un de l’autre en pleurant à chaudes larmes, secoués par d’impressionnants spasmes incontrôlables. Chaque seconde qui s’écoulait avait une allure d’éternité…

Au regard du caractère traumatisant de ce qu’ils venaient de vivre, les gendarmes ne leur posèrent aucune question et les dirigèrent avec ménagement vers un véhicule garé non loin de là pendant que les experts balistiques s’affairaient à effectuer les relevés nécessaires à leur enquête.

Au même moment, sur la corniche, le Comte de Loudenhove enrageait d’avoir perdu la partie si près du but.

Il frappa violement Oswald avec le siège pliable puis s’empressèrent tous deux de disparaître pour ne pas risquer d’être repérés, les uniformes étant désormais devenus bien trop nombreux dans les parages…

Quelques heures plus tard, dans le bureau de commandement de la gendarmerie, l’adjudant-chef Siegfried leur expliqua comment la découverte fortuite de photographies prises au téléobjectif dans l’un des véhicules qui s’étaient écrasés en contrebas de la route de montagne à la sortie de Couiza les avait conduits à accélérer leurs investigations et à se lancer aussitôt sur les traces de la jeune femme et de son mari. Ils étaient ainsi parvenus à repérer l’endroit où Victoire avait été emprisonnée et s’y étaient rendus dès l’aube. Un escadron de gendarmes avait sécurisé la zone et brouillé toutes les communications téléphoniques aux alentours avant l’intervention pendant qu’une unité spécialisée forçait la porte de la demeure avec un door-raider sous la protection de fusils à pompe.

Seul Jabbah avait tenté de résister, blessant grièvement l’un des gendarmes (il s’était jeté sur lui et l’avait mordu sauvagement au point de lui arracher deux doigts) avant d’être abattu au moment où il tentait de s’échapper par une fenêtre du rez-de-chaussée.

Mimose Corbière, arrêtée sur place, avait fini par craquer, permettant de localiser rapidement Bernard de Cosneil grâce au portable qu’il laissait toujours allumé et d’intervenir pour le neutraliser avant qu’il ne soit trop tard.

à suivre...