Les livres de Jérôme Thirolle

31 juillet 2018

Toussaint Louverture

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Statue de Toussaint Louverture par Ousmane Sow dans la cour du Musée du Nouveau Monde à La Rochelle.  

Pour mémoire, ce texte paru il y a bien longtemps...

http://leslivresdejt.canalblog.com/archives/2012/05/14/24262790.html

 


24 juillet 2018

Tours American Monument

 

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Erected in Tours (France) by the United States of America in grateful recognition of the achievements of the services of supply - American Expeditionary Forces 1917-1918

 

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06 juin 2018

06 juin 1944

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" Un gars venu de Géorgie

Qui se foutait pas mal de toi

Est v'nu mourir en Normandie

Un matin où tu n'y étais pas."

Les Ricains, Michel Sardou et Guy Magenta, 1967

 

Qu'ils soient de Géorgie ou d'ailleurs, ils méritent de n'être pas totalement oubliés en cette journée du 06 juin...

08 mai 2018

08 mai 1945 - 08 mai 2018

 

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03 mars 2018

Chapitre 14 A l’heure des confidences

 

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Chapitre 14 A l’heure des confidences

— Je passe devant, je sais où c’est ! fit Sixtine sans se retourner. Elle maniait avec une dextérité époustouflante son fauteuil entre les rangées étroites de livres et les piles de revues.

— Mesdames, je vous en prie…

Bernard de Cosneil les installa autour d’un petit guéridon en fer forgé recouvert d’une nappe blanche à motifs fleuris et leur expliqua avec une délectation non feinte comment lui était venue l’idée de rapprocher une librairie et un café dans ce qu’il avait baptisé lui-même une librairie-café. Même si l’endroit avait été modernisé, on devinait encore l’ancienne salle de restaurant à la décoration art déco. Aux murs, entre de larges miroirs complètement piquetés, des appliques sphériques en verre dépoli montées sur une forme vaguement cylindrique en bronze doré étaient allumées en plein jour. Tout autour de la pièce couraient des moulures, des colonnes et des rinceaux avec d’innombrables fleurs sculptées, des roses presque exclusivement. Au début, les deux jeunes femmes étaient seules dans la salle.

Sur le moment, Victoire fut prise d’un remord en songeant à Richard qui l’attendait certainement pour déjeuner.

— Tu as l’air soucieuse soudain ? s’inquiéta Sixtine.

— J’ai complètement oublié de prévenir Richard !

— Richard ?

— Mon mari.

— Il apprendra à se passer de toi aujourd’hui !

— Bah, tant pis pour Richard, tu as raison… Il est parti sans m’attendre ce matin, alors…

— Et mufle avec ça !

— Non, c’est plus compliqué …

— Vis ta vie, ma belle ! On n’est plus à l’époque de nos arrière-grands-mères !

— L’égalité entre les hommes et les femmes progresse, je sais…

— Là, tu me fais rire ! Excuse-moi, mais je croirai à l’égalité le jour où les supermarchés n’encombreront plus leurs rayons de fers à repasser la veille de la Fête des Mères ! Il fait quoi dans la vie ton Richard ?

— Banquier.

— Aïe ! J’imagine… Costar-cravate, BlackBerry à la ceinture et chiffres plein la tête ?

— Un peu… concéda Victoire en souriant du mieux qu’elle put.

— Laisse-le là où il est pour l’instant !

Au même moment, Bernard de Cosneil réapparut par une porte à doubles battants surmontée de vitraux géométriques très années 20.

— Mesdames, puis-je vous proposer la carte ?

— Sigismond Tournebouix m’a vanté votre assiette de fromage de chèvre accompagné de salicorne ! fit Victoire.

— Sigismond est toujours de bon conseil ! Laissez-moi vous offrir deux verres de Cabardès avant de commencer. Un vin rosé tonique et frais qui puise ses saveurs sur les coteaux de la Montagne noire. Vous m’en direz des nouvelles…

— Va pour le chèvre, la salicorne et le Cabardès ! s’écria à son tour Sixtine.

— Voilà qui est bien parlé, Mesdames.

Un regain d’optimisme envahissait le coeur de Victoire. Elle était heureuse d’être là, de se savoir en bonne compagnie, de ne plus penser à ses tracas. Tout l’invitait à profiter de l’instant présent. Elle tenait cette leçon de bonheur d’une inconnue en fauteuil roulant qui avait croisé sa route par le plus grand des hasards.

Sixtine lui fit un clin d’oeil en signe d’amitié.

— Alors, que dois-je savoir de toi si ce n’est que ton mari s’appelle Richard et que ce con t’a laissée seule au petit déjeuner ?

— Ce n’est pas sa faute…

— Pas sa faute ? Ben voyons ! C’est toujours pareil avec les hommes : ils finissent par trouver une bonne âme pour les plaindre ! Mais ils ne le méritent pas ! Je n’ai eu qu’un homme dans ma vie. On est resté ensemble deux ans. Archéo-anthropologue à l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) qu’il était ! Un vrai professionnel de la chignole, un obsédé ! Limite zarbi ! Et puis un beau jour, il s’est barré avec une bimbo à gros seins. Rien dans la cervelle mais du silicone plein le bustier ! Je ne l’ai jamais revu. Et c’est là que j’ai compris que s’attacher ne servait à rien. Si ce n’est qu’à se bousiller le cœur ! Alors, depuis, je profite de la vie ! Je m’en suis tapé des mecs, je peux te le dire ! Des gros, des maigres, des petits, des chauves à lunettes, des sportifs, des paumés, des intellos et même des vieux ! Quand je suis allongée sur le dos, ils ne voient plus la différence. Oublié le fauteuil ! Je m’envoie en l’air à la moindre occasion, enfin, façon de parler ! Il y a un vrai tabou en France sur la sexualité des handicapés mais nous avons une libido comme tout le monde ! Ce n’est pas parce que je suis assise que je dois m’interdire désirs et plaisirs !

Victoire l’écoutait et la regardait avec empathie malgré des propos qu’elle aurait qualifiés auparavant de choquants.

Elle était l’amie véritable, la confidente qu’elle cherchait depuis toujours. Vive, joyeuse. Aux antipodes de ce qu’elle était devenue, elle. Ou de ce qu’elle devenait.

— Bon, pour être honnête, poursuivit-elle, toutes les positions ne me sont pas permises à cause de mes jambes. Mais je me rattrape autrement…

— Je te crois volontiers…

Les deux verres de Cabardès que Victoire avait bus commençaient peu à peu à la libérer de sa retenue habituelle. Elle osa même complimenter Sixtine sur sa tenue : débardeur “pop” un peu serré qui mettait en valeur sa poitrine, sur laquelle s’étalait d’ailleurs fièrement en lettres irisées un “Mr 80” provocateur, minijupe plissée en coton et Converse modèle Chuck Taylor aux pieds, rouge sang avec l’étoile blanche désormais si célèbre.

— J’aime bien les fringues, répondit-elle. On se raccroche à ce qu’on peut ! Et encore, tu m’aurais connue il y a quelques années… J’ai eu une époque Gothic, comme tous les apprentis rebelles. Les cheveux noirs, ça aidait ! J’écoutais du Métal à fond et j’avais des piercings un peu partout. Mais vraiment partout, si tu vois ce que je veux dire. J’ai eu aussi ma période hippie, tendance new age, tunique brodée et pantalons imprimés de motifs cachemire, mais ça n’a pas duré. Depuis, je me suis un peu assagie…

— Vraiment ?

Elles partagèrent alors un fou rire sincère qui dura de longues secondes. Il était déjà presque quatorze heures quand Victoire aborda à mots couverts la délicate question de sa situation sentimentale. En temps normal, sa pudeur naturelle l’aurait empêchée de dire quoi que ce soit à ce sujet mais le rosé et l’atmosphère de confiance qui était née entre elles deux levaient un à un des tabous jusque-là profondément ancrés dans ce qui faisait sa personnalité.

Parler la libérait d’un poids considérable, celui de devoir tout accepter et de ne rien dire. Le poids des convenances. Elle découvrait les bienfaits de la confession, librement consentie. Pour un peu, cette table de bistrot prenait des allures de divan de psy. Sixtine l’écoutait, la réconfortait. Sans jamais tourner en dérision ce qu’elle disait. Pourquoi l’aurait-elle fait, d’ailleurs ? Elles papotaient désormais comme deux amies.

Une heure plus tard, la salle s’était vidée de ses occupants. Le dernier à être resté plus longtemps que les autres était un homme à la peau couperosée avec des cheveux noirs gominés et des dents mal plantées.

— Tu as vu le type là-bas ? fit Sixtine en parlant plus bas pour qu’il n’entende pas.

Victoire, trop absorbée par leur conversation, n’avait pas prêté attention aux autres tables.

— Oui ?

— Eh bien, il a une tête à faire du tandem tout seul ! Regarde-le : veste en velours, montre dorée, chemise blanche et pantalon en jersey ! Un vrai beauf !

— Pas terrible, en effet !

— Yeux bleus délavés genre chien battu et chaussures à talons : tout ce que je déteste ! Et lui, à mon avis, question plumard, c’est pas une affaire, tu peux me croire…

— Tu es vraiment incroyable !

— Que veux-tu ! Je suis comme ça. Toi, en revanche, tu n’es pas tellement du genre à te faire prendre le derrière entre deux portes…

— Non, pas vraiment, répondit-elle rêveusement.

— Bah, il faut de tout pour faire un monde ! Mais avec ton Richard, c’est quoi le truc qui coince ?

— Si je le savais… On est un peu moins proches l’un de l’autre depuis un certain temps. Et c’est cela qui me fait peur. Plus que les disputes, d’ailleurs.

— Je vois…

— Et il y en a tellement qui divorcent autour de nous…

— Ouais, mais c’est pas une raison pour fiche en l’air ton couple ! Le temps aplanira peut-être les difficultés…

— Je te trouve bien philosophe soudain. Cela ne te ressemble pas !

— Ça me fait de la peine de te voir dans cet état. Allez, on parle d’autre chose ! trancha-t-elle d’un coup en apercevant les yeux de Victoire s’embuer de larmes. Au fait, excuse-moi pour le bouquin de tout à l’heure !

— Le bouquin ?

— Oui, celui que tu t’apprêtais à prendre quand j’ai déboulé dans ta vie.

— Ah, celui-là…

— Un truc sur Rennes-le-Château, je crois. Tu connais ?

— Un peu… répondit-elle évasivement.

Un peu comme ceux qui n’en ont jamais entendu parler ou un peu comme ceux qui passent tout leur temps libre dans le coin ?

— Pourquoi me demandes-tu cela ? fit-elle en souriant.

— Tu sais, y’a pas de mal à croire aux trésors ! Sans un minimum de mystères, la vie serait trop triste. Je ne connaissais pas l’abbé Saunière avant de venir ici, mais depuis que je traîne chez le moustachu, il faudrait que je sois aveugle en plus d’être paraplégique pour y échapper ! C’est quand même une histoire de fous quand on y pense ! Et puis, je vais te dire, il n’y a jamais de fumée sans feu ! Si c’était bidon, il n’y aurait pas autant de chercheurs de trésors dans les environs ! Mais comme tout secret qui se respecte, il est bien gardé…

— C’est le moins que l’on puisse dire…

— Allez, fouts-toi de moi en plus !

Elles rirent de bon cœur.

— Disons que je m’y intéresse un peu… finit par avouer Victoire.

— Ne prends pas cette petite voix pour le dire ! Je ne me moquerai pas de toi ! J’y crois, moi, à ce trésor ! Je n’ai pas l’ambition de le découvrir mais cela me ferait plaisir de contribuer à résoudre le mystère !

— …

— Ça t’intéresserait qu’on cherche ensemble ?

— …

— N’ai pas peur ! Pas à plein temps ! Je n’ai pas envie de voir ton Richard débarquer pour me mettre une raclée sous prétexte que je lui monopolise sa moitié !

— Ce n’est pas son genre…

— Tu me rassures. Non, sérieusement, ça t’intéresserait ?

— Ecoute Sixtine…murmura Victoire en regardant attentivement tout autour d’elles. Il faut que je te fasse une confidence… Mais c’est entre nous, tu ne dois en parler à personne…

— … ?

— Juré ?

— Croix de bois, croix de fer…

— Eh bien, voilà…

Victoire lui raconta par le menu comment une lettre perdue depuis près d’un siècle était arrivée jusqu’à eux par le plus invraisemblable des hasards. Une lettre envoyée par l’abbé Saunière à sa sœur, l’arrière arrière-grand-mère de Richard. Une missive un peu étrange, du moins suffisamment troublante pour que, connaissant son auteur, les espoirs les plus fous vinssent aussitôt à l’esprit. Elle lui signala également les trois mots écrits au dos d’une carte postale qui y était jointe : Requiescat in pace.

Les deux femmes se regardèrent sans rien dire. Un silence pesant s’abattit soudain sur la librairie-café. C’était à peine si l’on percevait les bruits de la rue.

Pouvoir faire cette confidence à quelqu’un soulageait Victoire d’un lourd fardeau. Peut-être qu’à deux (toute participation de Richard étant à exclure dans ce domaine), les mystères de Rennes-le-Château y perdraient de leur opacité. C’est du moins ce qu’elle espérait en s’ouvrant enfin à une oreille attentive. Il est parfois plus facile de se confier à un quasi inconnu qu’à un proche : l’âme humaine est ainsi faite.

Sixtine était abasourdie.

— Alors là, j’hallucine !...

Victoire baissa les yeux pour ne pas croiser à nouveau le visage éberlué de sa nouvelle amie.

— Et vous en avez parlé à quelqu’un ?

— À personne.

— ...

— ... ?

— J’hallucine !... Si j’étais vulgaire, je dirais que tu m’as troué le cul !

à suivre...


02 mars 2018

Égalité homme-femme ...

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— L’égalité entre les hommes et les femmes progresse, je sais…

— Là, tu me fais rire ! Excuse-moi, mais je croirai à l’égalité le jour où les supermarchés n’encombreront plus leurs rayons de fers à repasser la veille de la Fête des Mères !

(in Le Cœur des écorchés )

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28 février 2018

Ambigu Jhen Roque...

 

 

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Je viens de me replonger dans une partie de l’œuvre de Jacques Martin (1921-2010), pas le comédien et animateur TV bien connu décédé il y a un peu plus de 10 ans maintenant, mais l’auteur de bandes dessinées. De lui, on connait surtout son héros emblématique, Alix, le jeune Gaulois « intrépide », comme l’indiquait le premier volume de la série, mais ce dessinateur et scénariste prolixe a investi aussi nombre d’autres époques pour y planter, toujours avec le même souci du détail et de la précision historique, récits et personnages hauts en couleurs.

J’aurais pu m’intéresser à Lefranc, Kéos, Orion ou Loïs mais j’ai choisi plutôt de relire l’intégralité des aventures de Jhen, 16 volumes à ce jour.

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En dehors de sa blondeur, rien chez ce héros moyenâgeux n’est véritablement stabilisé ou définitif, pas plus les traits que le nom. Certes, cette dernière étrangeté a pour origine un différend éditorial mais il n’en demeure pas moins, comme on le verra plus loin, que tout dans le récit de ces aventures de la première moitié du XVème siècle fait de Jhen un héros ambigu.

Première incertitude : son identité.

Apparu d’abord en 1978 dans le Journal Tintin puis dans une bande dessinée du mitan des années 80 chez l’éditeur Le Lombard, notre héros s’appelle alors Xan. Il y vivra deux aventures avant de migrer ensuite définitivement chez Casterman, perdant par la même occasion la possibilité de conserver son nom d’origine. Désormais, ce sera Jhen. Jhen Larc. Un personnage du premier volume de la série, fomentant l’évasion de la Pucelle d’Orléans de sa prison de Rouen à la veille de son exécution en 1431, le présente en ces termes à ses compagnons : «  Voici Jhen Larc… En fait il se prénomme Yan mais une certaine façon de traiter nos ennemis lui a valu ce surnom. » Tout est dit. Enfin, presque… Car outre le côté un peu sibyllin de l’explication, il apparait surtout que Xan, Yan et Jhen ne font qu’un. Sous le patronyme de Larc. Plus tard, à partir du troisième volume, on ne le retrouvera plus que sous le nom de Roque. Jhen Roque. Allez comprendre…

Il en va de même pour son métier ou du moins pour ses aptitudes manuelles et intellectuelles, pourtant si catégorisantes (barbarisme, je le concède) à l’époque. Dans L’Or de la Mort, on le présente comme « le plus fameux tailleur de pierre du royaume : même mieux que cela, un sculpteur de talent ». Dans Le Lys et l’Ogre, on apprend qu’il «  a des talents d’homme de théâtre », dans L’Archange, il est «  sculpteur et architecte », dans Les Sorcières, on le découvre «  artiste, architecte et quelquefois stratège »… Un vrai VRP multicartes en pleine Guerre de Cent Ans en somme ! Un homme un peu insaisissable et aux identités multiples en tout cas.

 

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Deuxième incertitude, ses traits. Là aussi, rien de bien stabilisé chez lui en dehors de sa blondeur, surtout à partir des Sorcières, sans parler du Grand Duc d’Occident où il est encore plus méconnaissable. Et c’est l’une des caractéristiques de cette œuvre me semble-t-il : autant les dessinateurs qui reprennent tel ou tel personnage renommé de la BD s’efforcent de le faire aussi semblable que possible au modèle originel, autant Jhen semble voir sa plastique et son visage varier notablement au gré de celui qui tient la mine de plomb… Peut-être est-ce dû à la valse continue des duos ou trios scénaristes/dessinateurs qui se sont succédé tout au long des 16 volumes ? Dans le désordre : J. Martin – J. Pleyers, J. Martin – T. Cayman – H. Payen,  J. Martin – J. Pleyers – H. Payen, J. Martin – P. Teng… On s’y perdrait à moins. Mais toujours est-il que malgré ce « brouillage des lignes », on s’attache vite à un personnage qu’on commence à suivre le long de la Seine à Rouen puis qui nous entraine au fil de ses aventures aussi bien de Strasbourg à Orléans que de Bourges au récurrent ermitage de l’étang de la forêt de Saint-Roye, de l’Angleterre à Bruges, de la Suisse à Florence, Venise, Naples ou Milan, de la Valachie du cruel Vlad Dracul aux berges du Danube sous la férule d’Ottomans ivres de conquêtes…

Jhen entraine le lecteur dans un voyage jubilatoire dans le temps et dans l’espace au point de lui faire presque oublier que les batailles et les sièges sanglants y sont innombrables. Et c’est là tout le talent de Jacques Martin que de nous amener à revivre une époque de l’intérieur sans rien cacher de ses travers et en nous la montrant sous un jour nouveau et éclairant. Appliquant à la lettre et à la case l’adage selon lequel un petit dessin vaut assurément mieux qu’un long discours…

Après avoir évoqué les incertitudes quant à son identité et à ses traits, je voudrais maintenant aborder une autre ambiguïté le concernant : celle de son (ou ses) orientation(s) amoureuse(s). Ses penchants charnels pourraient en effet prêter aussi à confusion. Jhen a la nudité facile, troublante, souvent en compagnie masculine dans nombre de ses pérégrinations, ce qui ne l’empêche pas pour autant d’être séducteur et actif au déduit lorsqu’il rencontre une donzelle de passage. Il faudra attendre néanmoins Barbe Bleue, le quatrième volume de la série, pour qu’il croise (enfin) le chemin de Perrine, sa première conquête, puis plus rien de « féminin » jusqu’au Lys et l’Ogre où il fait la connaissance (dans tous les sens du terme !) de Sandrine avant d’enchainer (pardonnez-moi l’expression) avec Maria qui aura l’honneur de partager avec fidélité sa couche dans L’Alchimiste et Le Secret des Templiers, Anthonia dans Les Sorcières (qu’on retrouvera d’ailleurs dans L’Ombre des Cathares, officiant à la tête des Frères et Sœurs du Libre Esprit), Marina dans La Sérénissime, Marie dans le Grand Duc d’Occident et Ilona dans Draculea dont la fin tragique semble sonner le glas de ses appétits virils, du moins dans les derniers volumes de la série, Les Portes de Fer et La Peste.

Un homme de son temps, libre de toute attache, presque de toute moralité, un « jouisseur » raisonnable, décontracté, qui plairait au personnage joué par Gérard Depardieu dans Les Valseuses, inutile de détailler ; un être sans malice, conscient de la brièveté de l’existence, surtout à son époque, et dépourvu des tabous que les siècles suivants tisseront au nom d’une moralité de bon aloi… Un homme qui sait aussi s’entourer de précieux personnages secondaires, Parfait Létoile, Eustache Blanchet ou Venceslas le tailleur de pierre, compagnons de fortune qui mettent en valeur les qualités et aptitudes de l’intrépide blondinet au fil de ses mésaventures.

Dernière ambiguïté de Jhen, et pas des moindres, celle de sa trouble amitié avec le plus connu et le plus sulfureux des anciens compagnons de Jeanne d’Arc, le connétable Gilles de Laval, maréchal de France et Sire de Rais, dont la présence obsédante dans dix des seize volumes, à l’exception notoire des trois derniers (un effet des temps actuels ?), montre à quel point le fragile destin de l’un est lié à la folie sans limite de l’autre. Derrière les murailles terrifiantes de Machecoul, Tiffauges ou Champtocé où les viols et les crimes sordides de petits innocents sont perpétrés sans relâche par le maître des lieux, Jhen oscille un peu trop souvent entre ferme condamnation et quasi indifférence, courage et fuite en avant. Le tout au nom d’une forme d’attirance étrange et malsaine qui rapproche et repousse tout à la fois ces deux contraires que sont Jhen et Gilles, le Bien et le Mal, la lumière et l’obscurité, illustrant à merveille l’idée bien connue de Michelet selon laquelle « les colonnes du Ciel ont leur pied dans l’abîme »… Il n’aura d’ailleurs échappé à personne le rapport possible entre « Gilles et Jhen » et Gilles & Jeanne, le roman de Michel Tournier, l’apôtre de l’inversion maligne et auteur du célébrissime Roi des Aulnes dont le personnage principal n’est autre que Tiffauges, du nom du repli ultime et utérin du Baron de Rais, grand seigneur consumé par une folie criminelle qui parcourt toute l’œuvre moyenâgeuse de Jacques Martin.

 

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Au final, les aventures de Jhen, héros ambigu mais attachant, recèlent encore bien des trésors que des lectures attentives sauront faire découvrir à celles et ceux qui s’y plongeront…

24 février 2018

Confidence

 

Arsène

«  Je me suis escamoté moi-même. »

 Adrien Goetz, La nouvelle vie d’Arsène Lupin

23 février 2018

Hello Girls for ever...

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Souvenirs, souvenirs...

 

Hello Girls : les Oubliées de la Grande Guerre - Les livres de Jérôme Thirolle

1917, les Etats-Unis entrent en guerre aux côtés des alliés. Plusieurs centaines d'américaines répondent à l'appel du Général Pershing et sont intégrées dans l'armée en tant que téléphonistes, une fonction qui leur vaut rapidement le surnom de "Hello girl". Beaucoup de ces femmes furent stationnées au grand quartier général du Corps Expéditionnaire Américain, basé à Chaumont.

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Chapitre 16 Les Hello Girls à Chaumont - Les livres de Jérôme Thirolle

Depuis que les Etats-Unis étaient entrés en guerre contre le gouvernement impérial de Guillaume II, les appels au volontariat s'étaient multipliés outre-Atlantique. Le contingent américain, en cours de constitution, ne cessait de s'étoffer chaque jour un peu plus. La conduite des opérations en Europe avait été confiée par le président Wilson au " commandant de fer ", le général John Joseph Pershing.

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18 février 2018

"Si les Ricains n'étaient pas là..."

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C'est par ce titre d'une chanson de Michel Sardou que je reprends ce soir un article de mon blog, d'il y a quelques années maintenant... :

 

Thomas Woodrow Wilson et l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 - Les livres de Jérôme Thirolle

Le Président des Etats-Unis, Thomas Woodrow Wilson , apparaît à plusieurs reprises dans Les Doigts d'or d'Elise en raison du rôle qu'il a joué pendant la Grande Guerre et donc, de fait, au regard des liens qui ont pu se tisser entre lui et la ville de Chaumont, lieu d'implantation de la ganterie, objet du récit.

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